Cinéma week-end. La surprise argentine de "Citoyen d'honneur"

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Au programme de ce samedi, un prix Nobel de littérature, des femmes de l'ombre à la Nasa et un fantôme.

C'est la surprise de la semaine, elle vient d'Argentine

Citoyen d'honneur de Gastón Duprat et Mariano Cohn a valu à Oscar Martinez le prix d'interprétation masculine à la dernière Mostra de Venise. Il est Daniel Mantovani, prix Nobel de littérature assez misanthrope qui vit à Barcelone d'où il refuse méthodiquement les invitations de par le monde. Sauf quand la petite ville qui l'a vu naître lui propose de venir recevoir le titre de citoyen d'honneur, 40 ans après son départ pour l'Europe. 

Il y a bien plus qu'un océan entre l'écrivain et les habitants de la ville argentine

Chez ces gens simples, on le reçoit simplement mais en mettant les petits plats dans les grands. Le prix Nobel s'en amuse mais ça dérape quand monte chez ses hôtes une folle rancœur. Toute sa littérature se passe ici. Or la frontière entre fiction et réalité ne fait pas partie des subtilités locales. En clair on lui reproche de plus en plus violemment de prendre ses anciens voisins, amis, parents pour des ploucs, ce qu'ils sont pour partie.

Entre un lecteur persuadé que son père est un personnage d'un roman de l'écrivain, un redresseur de torts qui traite Daniel Mantovani comme le diable et un ami d'enfance qui le traine dans un caboulot sordide, l'écrivain commence à s'inquiéter et il a de quoi. Ce Citoyen d'honneur est dans la lignée des films argentins qui dérapent allègrement comme Les nouveaux sauvages de Damian Szifron, dans lequel jouait déjà Oscar Martinez.

Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa

En une vingtaine de films, Kiyoshi Kurosawa s'est affirmé comme un maître de l'étrange, du fantastique stylisé, et pour la première fois en plus de 30 ans, il a tourné hors du Japon et a choisi la France.
Dans Le Secret de la chambre noire il met en scène son art des apparitions dans une demeure cossue et désuète de la banlieue parisienne où un photographe veuf, Olivier Gourmet, impose à sa fille, Constance Rousseau, d'interminables séances de pause pour fixer son image sur des plaques de daguerréotype, ancêtre de la photographie.

Kurosawa fait un cinéma d'apparition, on est propulsé dans un univers qui est presque de l'expérimentation

Tahar Rahim

Dans ce huis clos père-fille l'arrivée d'un jeune assistant, Tahar Rahim va perturber le macabre cérémonial, amour, mort, fantômes. On retrouve les obsessions de Kurosawa, qui égare son film dans un thriller sociétal mal maîtrisé. Restent les scènes de pure poésie où Tahar Rahim excelle.

Les Figures de l'ombre réalisé par Theodore Melfi

Enfin même si elles n'ont rien obtenu aux Oscars, les trois héroïnes noires des Figures de l'ombre connaissent un immense succès planétaire. Le film de Theodore Melfi révèle l'incroyable histoire de ces scientifiques afro-américaines de la Nasa qui ont joué dans les années 60 un rôle capital dans la conquête spatiale, luttant d'arrache-pied contre la concurrence soviétique mais surtout contre la ségrégation et le racisme qui sévissaient à l'époque. Jean-François Clervoix, qui a effectué trois vols dans la navette spatiale américaine et qui a vu le film, a, fort heureusement connu une Nasa dans les années 90 qui avait bien évolué. 

Même si dans les années 90 la Nasa était exemplaire, les afro-américains que j'ai connus se sentaient de devoir faire plus que les autres

Jean-François Clervoy, astronaute

Les figures de l'ombre est un film de facture honnête, prévisible, qui utilise l'humour pour servir sa cause. La ségrégation est ridiculisée quand on voit Taraji Henson perdre une heure par jour pour aller aux toilettes, car celles de son bâtiment sont interdites aux femmes noires. La scène est quasiment chorégraphiée sur une musique de Pharrell Williams qui est aussi coproducteur du film.