Cinéma week-end. Eili Harboe se révèle dans "Thelma"

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Avec "Thelma", Joachim Trier signe un film de genre réussi, grâce à la jeune Eili Harboe. 

Thelma du norvégien Joachim Trier : la révélation d'une actrice de 23 ans

Thelma est une tentative réussie de film de genre, entre fantastique, apprentissage et horreur. Thelma quitte les grands espaces enneigés et sa famille très puritaine pour faire ses études en ville. Chez la jeune fille, ce passage entraîne aussitôt d'inquiétantes manifestations. Troublée et attirée par une autre étudiante, Thelma fait des crises d'épilepsie, commence à avoir des visions horribles et réalise qu'elle est dotée de pouvoirs surnaturels. La confrontation entre les deux univers, familial et urbain, fera exploser un secret de famille très douloureux que Thelma va vivre avec une force insoupçonnée, vers son émancipation.

Eili Harboe n'est pas que dure, elle est tendre et subtile

Joachim Trier

Le film baigne dans la culture nordique, le non-dit sied parfaitement au mystère et à l'esthétique que Joachim Trier distille dans son récit, les images de nature, les scènes de piscine, Thelma balance entre douceur et terreur, grâce aussi à Eili Harboe, jeune actrice, vraie découverte, à suivre. 

Marvin, ou la belle éducation d'Anne Fontaine

Dans Marvin, il est aussi question d'apprentissage, à la dure. Très, peut-être trop, librement inspiré du best-seller d'Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegeule, Marvin en reprend la trame : la douloureuse émancipation d'un jeune homme homosexuel, qui pour s'extraire de son milieu social pauvre et violent envers sa différence, en passe par le reniement, qui est aussi une forme d'amour.

La question de l'homosexualité, on a fini par ne plus la jouer de la même manière

Finnegan Oldfield

Anne Fontaine raconte l'histoire en deux époques et récits parallèles. L'enfance en province et la jeunesse à Paris, elle ajoute des personnages pas forcément utiles, mais son film s'engage pour le droit à choisir sa vie. C'est Finnegan Oldfield qui est Marvin, il réussit à jouer des clichés et à les déjouer.      

A l'est du nouveau cette semaine, trois films qui valent vraiment le détour

D'abord La lune de Jupiter de Kornél Mundruczó, fable contemporaine sur les réfugiés, dans laquelle un migrant syrien, descendu par les gardes-frontières hongrois, se met à léviter tel un ange, et nous fait nous poser de vraies questions sur l'attitude morale de l'Europe.

L'Europe est une zone de friction dans Western, de l'allemande Valeska Grisebach. Des travailleurs détachés allemands campent sur un chantier de travaux publics en Bulgarie, dans des espaces à la beauté insoupçonnée, c'est le choc des cultures entre le pays le plus riche d'Europe et l'un des plus pauvres.

Porté par la véracité de comédiens non professionnels, le film déroule tous les codes du western, silences, duels, amitiés viriles. Valeska Grisebach renouvelle le genre avec brio.

Enfin, dans Ice Mother, Bodhan Slama dessine le portrait d'une grand-mère qui se libère des égoïsmes masculins. Veuve d'un macho qui a transmis à ses fils une insupportable suffisance, elle va prendre le chemin de la liberté en passant par une histoire d'amour avec un vieux loup solitaire. Initiée à la nage en eaux glacées, cette Ice Mother brasse sereinement vers des rives plus clémentes pour les femmes.