Cinéma week-end. "Bacurau", le Brésil en résistance

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Prix du jury au dernier festival de Cannes "Bacurau" de Kleber Mendonza Filho et Juliano Dornelles est un western chamanique et politique.

Ecrit et tourné avant l'élection de Jair Bolsonaro, Bacurau est, au grand dam de ses créateurs, un film qui annonçait la catastrophe à venir. C'est pour ça qu'il a autant de succès au Brésil, où le cinéma est une cible du pouvoir en place. Bacurau est un village de fiction dans le très pauvre Nordeste, dont les habitants découvrent qu'il n'apparait plus sur les cartes numériques.

Il y a 20 ans, la notion de réalité était claire, mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas.

Kleber Mendonza Filho

Au même moment, une bande de tueurs baroques, à la solde d'intérêts privés,  sème la terreur et les villageois, métaphore de la diversité ethnique et culturelle du Brésil, vont entrer en résistance.  

Fable politique, western chamanique, Bacurau rend aussi hommage à des pépites du cinéma brésilien comme le classique Antonio Das Mortes de Glauber Rocha en 1969. Passer par le film de genre est pour Kleber Mendonza une nécessité dans une époque où la réalité est toute relative.    

Ceux qui travaillent, d'Antoine Russbach  

Un premier film très maîtrisé, qui a pour ambition d'inviter le spectateur à se demander s'il n'est pas un peu co-responsable du marasme général quand il consomme des marchandises venues du bout du monde. Frank, le très efficace Olivier Gourmet, est un cadre supérieur d'une entreprise de fret maritime qui va prendre une décision lourde de conséquences.  

Pour comprendre le monde, il faut comprendre les gens qui le font.

Olivier Gourmet

Ce personnage antipathique, accro à son travail, dont les liens familiaux sont viciés par l'argent, offre une vision peu reluisante du monde du travail dans les entreprises au cœur de la mondialisation et du libre-échange. Une fois de plus, Olivier Gourmet est un excellent interprète, il y a dans sa filmographie de nombreux rôles ancrés dans les problématiques de l'époque et il aime ça.    

Port authority de Danielle Lessovitz

Un premier film débordant de tendresse et de bienveillance pour le "Voguing" et ceux qui le vivent. Culture underground centenaire, mais révélée dans le Harlem des années 80, le "Voguing" est autant une façon de danser, de s'habiller, de vivre en communauté, entre queer, trans, gays, lesbiennes et hétéros s'ils ont l'esprit ouvert.

Elles sont des femmes, alors pourquoi un homme s’empêcherait-il d’aimer et d'être aimé d'une belle femme

Danielle Lessovitz

Port authority à New York, c'est la gare routière où arrive Paul, un jeune homme blanc en liberté conditionnelle, qui à peine descendu du car tombe raide dingue de Wye, une sublime femme noire. Sait-il à ce moment-là qu'elle est transsexuelle, ses sentiments le poussent-ils à occulter la question? La situation est ambigüe, compliquée à vivre et filmée avec délicatesse, Danielle Lessovitz.  

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