Simon, homo et prostitué : "Les Verts, eux, me respectent"

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Rencontre avec Simon, homosexuel et prostitué d'une vingtaine d'années, qui explique en quoi il se sent "insulté" par le PS. Analyse et décryptage avec le sociologue Lilian Mathieu.

Simon se prostitue depuis un peu plus de cinq ans. En général sur des sites internet, jamais sur le trottoir, dans une camionnette ou au bois. Il ne dépend pas d’un réseau. Il ne tapine pas et n’a pas été victime d’abus sexuels. Parisien, Simon est issu d’une famille assez confortable même s’il s’est émancipé tôt et avait “besoin d’argent” .

Il n’a pas le sentiment d’appartenir au Lumpenproletariat ultra-précaire qui traverse par exemple les travaux du sociologue Lilian Mathieu.

Il dit qu’il aime ça, même s'il fait autre chose à côté de la prostitution. Il en parle aujourd’hui parce qu’il affirme que c’est justement le discours des autres (médias et partis politiques en tête) sur la prostitution qui lui pèse le plus dans le sexe vénal :

“Au départ, c’était pour de l’argent rapide. Et puis ça m’a plu. J’aime ce que je fais, j’ai un vrai rôle.”

Fuir le PS

Simon est jeune, homosexuel, urbain, cultivé, festif, raffiné, militant. Il a à cœur de voter. Il s'est prostitué par besoin d'argent, il semble aujourd'hui moins précaire. Par ses codes et ses habitudes, il évoque le nouveau cœur de cible du PS dont parlait la note polémique du think tank Terra Nova en mai 2011. “Les outsiders” et “la France de demain” comme disent Olivier Ferrand et Bruno Jeanbart qui développaient :**

“Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes : elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive. C’est tout particulièrement vrai pour les diplômés, les jeunes, les minorités. Elle s’oppose à un électorat qui défend le présent et le passé contre le changement .”

S’il fait payer le sexe horaire (150€ en général mais “c’est une question de journaliste un peu voyeur” ), Simon appartient davantage à ces “outsiders” qu’à la frange la plus vulnérable de la prostitution. Une majorité pourtant, plus précaire et peu politisée en général, d’après le même sociologue Lilian Mathieu (même si son travail englobe de nombreuses étrangères). Notre rencontre remonte à une manif du STRASS, “Syndicat du travail sexuel”, qui milite précisément pour un changement d’image des prostitué(e)s. Entre talons de 12 cm un poil hystériques, résilles outrancières et seins pigeonneants pour faire loucher les caméras de télé, la soixantaine de travailleurs du sexe affirmait ce jour-là “payer des impôts et voter comme tout le monde” .

Absence de reconnaissance

Simon n’est pas représentatif de l’ensemble du monde de la prostitution, morcelé et hétérogène. Il l’est davantage des réseaux militants, de plus en plus masculins, qui s’organisent pour réclamer, notamment, “la reconnaissance d’un métier à part entière” . Et structurer un discours politique. Delphone Godechot, journaliste à France Info, avait rapporté ces images de la manifestation.

Or, chez Simon, ce discours s’articule en opposition au PS. Son bulletin Royal au second tour en 2007 ? Un vrai regret rétrospectif, “la honte”. C’est justement parce qu’il fait payer que Simon ne pourra “plus jamais” voter PS. Un parti sclérosé, à ses yeux. Immobile quant aux questions de société primordiales. Sur les drogues, depuis “un rapport intéressant de Daniel Vaillant” , il estime que le PS finit par bouger timidement. Sur le reste et notamment la prostitution, il attend toujours.

C’est d’ailleurs une socialiste, Danielle Bousquet, qui préside la mission d'information sur la prostitution en France, créée en juin 2010, et qui entend pénaliser le “client prostitueur” .

Cette même mission (qui compte aussi des politiques de droite) argue que la personne prostituée est d’abord la victime.

"On m'infantilise ou me culpabilise"

Simon fulmine de cette vision victimaire qu’il attribue au PS depuis longtemps :

“On m’infantilise ou on me culpabilise. Au mieux, on m’explique que ce n’est pas ma faute, qu’on va me sortir de là.

Pour le sociologue Lilian Mathieu, la droite depuis 2003 et le positionnement de Nicolas Sarkozy *"est très largement rejetée par une majorité de prostitué(e)s parce qu'il y a les effets très concrets de la loi de sécurité intérieure qui a fait d'elle des délinquantes, des coupables de racolage passif, qui leur a coûté très cher en PV... mais cela mis à part, je ne suis pas sûr qu'il y a un rejet global de la droite parmi les prostituées. On est d'une certaine manière dans une affinité avec un certain nombre de valeurs de droite." *

À mesure qu’il s’éloigne du PS, trop abolitionniste, Simon oscille entre son envie de voter et un malaise à se situer dans l’éventail politique. Son curseur reste la quête d’un “choix de société” , a priori, il votera “écolo un peu par défaut” .

Pas tant pour un credo vert que pour un spectre de valeurs un peu fourre-tout. La suppression du défilé militaire du 14 juillet, par exemple. Mais surtout les brides de débat sur la prostitution au sein du parti écologiste. Le seul à faire preuve d’un minimum d’ouverture d’après Simon :**

“Il y a une commission “Prostitution” chez les Verts. Qui fait du bon taf. Qui se fritte avec la commission “Femmes”. Il se passe quelque chose, au moins. On sort du discours dominant qui m’empêche de pouvoir en parler à mes parents.”

Le sociologue Lilian Mathieu conclut :

"C'est vrai que les Verts dans le champ politique français et plus particulièrement à gauche est le seul parti où il y ait débat. Ca réfléchit à la différence d'autre partis de gauche où le débat est clos, parfois même avant d'avoir été ouvert."

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