"Libérale, j'aurais pu voter Hulot plutôt que ces court-termistes qui méprisent l'écologie"

Propriétaire d'un grand cru bordelais, Florence Cathiard affirme que ses amis fortunés exilés à l'étranger sont dix fois plus nombreux aujourd'hui qu'il y a quinze ans. Elle et son mari sont restés, mais la politique rend parfois amers, à force de mépriser les entrepreneurs. Décryptage avec le sociologue Michel Pinçon, co-auteur du "Président des riches" et "Les ghettos du ghota", spécialiste de la grande bourgeoisie.

Florence
Cathiard s'amuse que les entrepreneurs ne se soient "jamais si bien
portés que sous Mitterrand
". L'idée que la gauche de 1981 ait été un bon
moment pour les grandes fortunes de France fait rire celle que le
magazine Challenges classe au 247ème rang, avec une fortune conjugale
évaluée à 160 millions d'euros en 2011. Puis elle précise :

"Ce que je
dis n'a rien de cynique, attention. Simplement, François Mitterrand
laissait faire. Peut-être parce qu'il n'y connaissait pas grand chose.
"

 C'était
la France des années 80, Florence et son époux, Daniel, décollaient
avec leur enseigne Go Sports, empire fondé dans les années 70 après
s'être connus en équipe de France de ski. En 1989, Daniel décide de
vendre dans un paysage de la distribution alors en pleine concentration.
Ils sont riches. "Un choix s'imposait alors , raconte Florence, 62 ans
aujourd'hui :

"Nous nous étions toujours connus dans le mouvement, nous ne
nous voyions pas devenir rentiers du jour au lendemain. Ni émigrer.
"

 Le
grand-père de Daniel Cathiard était marchand de vin dans les Alpes, il
avait gardé le goût de l'odeur des tonneaux. L'inclination pour le
Bordeaux leur viendrait plutôt du ski haut niveau : un verre de Bordeaux
rouge était le seul alcool autorisé les veilles de courses.

Les époux
décident de réinvestir en achetant le Château Smith Haut Lafitte, un vignoble à quinze minutes de Bordeaux. Le cru est prestigieux mais le
domaine a souffert avec les années. Les Cathiard le remettent sur pied,
malgré les conditions climatiques et l'inquiétude des débuts. 

Vingt
vendanges et de nouveaux développements plus tard, leur patrimoine est immense mais Florence Cathiard
continue de se situer en tant qu'entrepreneur dans la société - "des
gens qui assument le risque, ont une responsabilité colossale vis à vis
de l'emploi, brassent la pâte humaine
". Elle parle rarement politique.
Parce que ça se fait moyennement dans le monde où l'on vit bien, mais
aussi parce qu'elle se hérisse des politiques qui se piquent d'économie.
Sauf les maires, "déjà des entrepreneurs ".  

Quand
je rencontre Florence Cathiard, nous sommes à quatre mois du premier
tour de l'élection présidentielle. Elle n'est pas follement emballée par
l'échéance, même si cette Savoyarde issue d'une famille de profs
agrégés "tous de gauche " ira voter parce que ça s'impose. Elle aime
Carla, dit qu'elle "croit même à la femme de l'homme ", penchera sans doute
pour Sarkozy in fine parce que "c'est là que l'horizon s'éclaircit le
plus
". Le PS n'est "plus une option" pour elle à cause des 35 heures - "Bien sûr, que je suis libérale ! "

Au
premier tour, pourtant, elle se serait bien vue voter pour Nicolas
Hulot, moins culpabilisant et plus crédible qu'Eva Joly. Car Florence
Cathiard attache davantage d'importance à l'écologie qu'aux enjeux
politiques discutés par "des petits messieurs en cravate à Paris ".

Quand
cette femme d'abord chaleureuse et dynamique parle des "élites ", c'est
d'eux qu'elle parle, énarques en tête. Pas de pouvoir économique. On
l'imagine sans peine se mouvoir dans le monde parisien à l'aise, mais la
propriétaire de Smith Haut Lafitte, qui eût dans le passé une agence de
communication, continue de parler d'une "césure importante entre Paris
et la province
".

C'est de là-bas qu'elle met l'accent sur l'écologie,
depuis ses terres qu'elle s'alarme :

"On va dans le mur  à cause de  tous ces court-termistes, de droite comme de gauche, qui ont surtout
envie de se faire réélire."

Florence
Cathiard, écologiste ? L'idée n'a pas surpris Michel Pinçon, qui
explique même que la préoccupation environnementale, voire une identité
écologiste, est une constante dans une partie de la haute bourgeoisie.