France/USA : je t'aime, moi non plus

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Copié dans le presse-papier !

François Hollande est à Washington, à la recherche d'un axe et de solutions, onze jours après les attentats. A Paris, les étudiants américains sont attentifs, et plutôt mutiques.

Dans le chic 7ème arrondissement de la capitale, sous ce gros crachin qui vous rentre par tous les pores de la peau, je débarque chez les étudiants américains.Derrière la grille, je salue des jeunes :

"Bonjour, je suis journaliste, j’aimerais discuter avec vous de François hollande et Barack Obama, de la Syrie, de l’Etat islamique, des attentats à Paris …»

Au menu : silence et froideur

Je n’aurais pas dû dire le mot : attentat

"Allez à la sécurité d’abord s’il vous plaît… "

J’y vais. Trois vigiles ouvrent les sacs, fouillent si besoin. Font un vrai boulot d’agent de sécurité. Je repense à cette faculté parisienne où je me suis rendue, après les attentats et où je suis entrée comme une lettre à la Poste. Je montre ma carte de presse

L’homme, à l’entrée, téléphone

Personne. Il rappelle. Personne. Un américain passe devant moi. Je l’alpague : "Bonjour, je peux vous parler ? "

Il ne marche pas, il court ! Il ne court pas, il fuit ! " Non, personne ne peut parler à la presse… il faut aller au secrétariat, c’est pas ici… "

Et je me vois courir, après l’américain, physiquement ! qu’est-ce que je suis française à ce moment-là !

Je me sens pitoyable

Et seule, en plus.  Un copié collé de la diplomatie de mon pays, cette diplomatie qui fut tellement plus en avance que l’Amérique, à propos de la Syrie et qui aujourd’hui, se sent trahie par cette même Amérique qui l’a lâché en cours de route, en ne voulant finalement plus frapper la Syrie de Bachar. Seule, sous ce gros crachin horrible. Seule, à crier :  "Monsieuuuuuur !"

À supplier cet américain de bien vouloir me répondre. Finalement, de rage et de désespoir, je le laisser tomber, à mon tour.

La française est fiérote

Sous ce gros crachin devenu pluie, je décide de ne pas en rester là. Malgré cet affront, je marche, à la recherche d’autres étudiants américains. Un bar plus loin, j’en trouve deux.

Pas très loquaces

La France et les Etats-Unis seraient ils fâchés ?

Eux :  "Non, ce n’est pas ça ."

Moi, agacée: "Alors c’est quoi ?"

Eux : "C’est juste que ça nous rappelle le 11 septembre… on n’est pas très à l’aise, en ce moment… "

Moi, lassée : "Moi non plus… "

Une immense fatigue s’abat alors sur nous.

Nous : américains et français

Nous, peuple du 11 septembre et du 13 novembre

Même tristesse, même angoisse, même combat.

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