C'était comment ? Aux Invalides, une foule meurtrie

Une cérémonie en hommage aux victimes du terrorisme a eu lieu lundi 19 septembre aux Invalides à Paris. Sous les parapluies, le cri des silences.

C’était... oubliez nous... pensez à nous. Tout au long de cet hommage, en écoutant bien, il y avait cela, ce grand paradoxe. Les victimes, qu’elles soient directes ou collatérales, réclament autant la paix qu’une présence infinie des autres. Autant le bruit que le silence. Autant les mots que le vide. 

Sous des platanes dégoulinant de pluie, les violons s’accordent. Les politiques arrivent. Le gouvernement au premier rang. Nicolas Sarkozy a été placé à la droite de Manuel Valls. Alain Juppé, François Bayrou, François Fillon... Tous les leaders ont été conviés. Puis ça commence.

La pluie redouble. Des tentes abritent tous ces gens dans la peine. 

Il y a ce sentiment de ne pas se sentir en phase

Le vice-président de la Fenvac

Aux Invalides, le 19 septembre 2016

Un papa s’avance à la tribune. Il a créé l’association du 13 novembre. Il lit : "Laissez-moi  parler de mon amie quand j’en ai envie. Surtout, surtout, laissez oublier que je suis une victime". L’homme explique : ces mots ne sont pas de lui, mais de l’amie de sa fille. Sa fille, Lola, morte au Bataclan. "J’ai choisi un autre chemin que l’amie de Lola, explique le papa. J’ai remonté la pente de la mémoire".

Il repart en 1956. L’amie de sa fille réclame le silence. Lui, plus de bruit. Et de citer la Bataille d’Alger. Puis un article du journal Politis. Puis de tacler les politiques qui récoltent les restes et écrivent des livres haineux. Puis de demander des mesures pour les victimes.

La pluie se calme. Une autre association s’approche de la tribune. "Les victimes, il y a celles qui sont là aujourd’hui. Il y a celles qui ont peur de venir, dit le vice-président de la Fenvac. Il y a ce sentiment de ne pas se sentir en phase".

De nouveau ce paradoxe. Être là. Ne pas être là. Se faire oublier. Se croire presque mort. Honteux de vivre. Se dire fantômes. Et à la fois debout, à crier le plus fort possible son désarroi pour être entendu. Défendre la vie. Et la détester.

Sous cette pluie, qui décidemment ne veut pas s’arrêter, ils sont à présent tous blottis les uns contre les autres. Tous différents et tous pareils. Tous mêlés. Comme une foule sentimentale. Et au fond de leurs parapluies, on entend soudain le cri de leurs silences.

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