Ils ont changé de vie. Franck, d'avocat à viticulteur

Cet été, nous nous intéressons à des parcours de salariés qui ont changé de vie. Franck Launay, ancien avocat parisien, fabrique désormais son vin sur les terrasses du Larzac, près de Montpellier. Après trois années d'investissements, il commence à s'en sortir.

Franck Launay, de son propre aveu, jouait sa vie sur chaque dossier, chaque plaidoirie. Spécialiste du droit du travail, il dit avoir "trop d'affect, trop d'empathie". Pas compatible, dit-il, avec son métier : "C’est un métier qui est absolument passionnant, mais si vous n’avez pas un minimum de recul sur ce que vous faites, vous vous consummez rapidement. Et je me consumais". À 35 ans, il est épuisé : "Psychologiquement et physiquement, oui, je l’étais." 

Mais en même temps qu'il prête serment, Franck se découvre une passion... "La flamme, je l’avais mais pour le vin." Il crée un petit groupe de dégustation avec des amis, rencontre beaucoup de vignerons. Certains le convainquent qu'il pourrait avoir sa place dans ce monde : "Au bout de plusieurs heures de discussion, les mecs qui sont du métier en viennent à vous demander si vous vous n’en seriez pas vous-même, alors on se dit : ce n’est pas possible quand même, je ne peux pas être crédible à ce point là dans ce nouvel habit".

"Fais-le ou tais-toi à jamais"...

Il prévient ses associés : un jour il va partir, pour faire du vin. Mais ça reste des paroles. Ça va changer au cours d'un dîner avec sa compagne : "On sortait d’une nouvelle journée harassante. On se retrouvait dans un petit resto pour décompresser après une journée de boulot. Je reparle de ça et elle me dit : 'c’est bien beau d’en parler, mais fais-le ou tais-toi à jamais'."

Le couple hésite entre Nantes, Tours, et Montpellier. Plus de soleil et plus de domaines à vendre dans le Sud. Un an d'études et banco, 25 000 euros l'hectare, les économies y passent, plus un prêt bancaire. Une économie difficile : "Aujourd’hui le business plan du vigneron c'est quatre années avec zéro pointé. C’est d’abord un paquebot d’investissement. Et puis une année pour faire du raisin. Une année supplémentaire pour transformer le raisin en vin et le commercialiser, et une troisième année où vous commencez à vendre. On est dans la troisième, ça n’est pas la plus facile. Ça sera le moment de vendre du vin et à rassurer notre banquier."

Le tout dans ce nouveau métier, c'est de tenir la distance. Franck n'a pas de doutes : "On a fait un premier millésime 2018, miraculeusement on a réussi à faire du vin, c’est incroyable, en n'y connaissant rien. Le moral est bon, c’est le temps long, mais on tiendra" conclut Franck.

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