Grève : les limites du télétravail

Aujourd'hui quinzième jour de grève des transports. Cela fait deux semaines pleines que certains ont dû, contraints et forcés, adopter le télétravail. Un mode d'organisation qui a ses limites.

Même les plus fervents défenseurs du télétravail n'ont jamais dit qu'il fallait adopter cette méthode de travail à 100% du temps. Le point de vue le plus largement partagé, c'est que le télétravail est efficace quand on le pratique deux jours par semaine. Pas plus, mais pas moins non plus. Pourquoi ? Selon Jérôme Fehrenbach, du cabinet de conseil en stratégie Roland Berger, "télétravailler moins d'un jour par semaine pose plus de problèmes d'organisation au salarié que d'avantages. Il est donc moins productif." En revanche, disait ce spécialiste au site Cadremploi, "s'il télétravaille entre un et deux jours par semaine, il est effectivement plus efficace".
Au-delà, plus de deux jours par semaine, de l'avis général il y a un risque d'isolement et de déperdition d'informations. Les témoignages qui remontent depuis le début du conflit parlent de lassitude, de baisse d'énergie, de perte d'engagement, de manque de contacts humains et de regrets de la convivialité de l'entreprise.

Sans compter qu'on peut travailler plus en télétravail qu'au bureau. C'est ce qui ressort de la toute récente enquête du ministère du Travail sur les télétravailleurs. Les cadres qui télétravaillent plus de deux jours par semaine déclarent deux fois plus que les autres travailler plus de cinquante heures par semaine.
C'est donc une question de dosage et d'organisation : réserver certaines tâches qui demandent de la concentration pour le travail à domicile, et faire le reste au bureau.

Pas de télétravail sans préparation

Par ailleurs, tous les experts en télétravail soulignent que le télétravail s'apprend, tant du côté du managé que du manageur. Adaptation des outils informatiques, aménagement du poste de travail, réunions téléphoniques régulières, ou mieux visioconférences, management basé sur la confiance et les objectifs, autonomie... On ne bascule pas en 100% télétravail sans préparation, comme c'est le cas depuis le début du conflit.

Pourtant, de plus en plus d'entreprises choisissent ce mode d'organisation à 100%. Le nombre de télétravailleurs en France oscille entre 3%, le chiffre officiel du ministère du Travail, et 20% selon d'autres sources concordantes. Mais pour de plus en plus de start-up et d'entreprises américaines, le "fully remote", comme on dit en anglais, c'est à dire le 100% travail à distance se développe. Il concerne surtout les développeurs informatiques, qui peuvent travailler de partout, mais aussi de plus en plus de postes dans le marketing, le commercial ou les fonctions support, selon le site Remotive.io, qui recense près de 4.500 entreprises dans le monde qui ont adopté ce type d'organisation. Pour les start-up, plusieurs avantages : cela réduit drastiquement les coûts de l'immobilier de bureau... et ça permet de recruter en régions, à des salaires bien inférieurs.

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