Des stéréotypes freineraient l'embauche des jeunes diplômés

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Pourquoi le chômage des jeunes est-il plus élevé en France qu'ailleurs en Europe ? Et pourquoi touche-t-il même les jeunes diplômés ? Un chercheur croit tenir la réponse : les employeurs craindraient un "péril jeune" et seraient victimes de stéréotypes qui ont la peau dure.

Le chômage des jeunes dépasse les 20% en France, alors qu'il n'est que de 14% en moyenne en Europe. Plus curieux peut-être, il est de 9,2% chez les jeunes diplômés français alors que les jeunes diplômés connaissent le plein emploi, à 3,7% de chômage seulement, ailleurs.
Pour Jean Pralong, qui est psychologue, professeur en gestion des ressources humaines à l'Ecole Management Normandie, cette situation est due à une spécificité française. Les recruteurs verraient les jeunes comme une population à part. Avec des attentes fortes vis-à-vis de l'entreprise, et notamment un besoin d'harmonie entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Ils seraient plus individualistes et moins respectueux de la hiérarchie. Et enfin plus créatifs et plus multitâches. Trois composantes de ce que le chercheur nomme en effet un "péril jeune" et qui dissuaderaient les entreprises de recruter des jeunes diplômés.

Stéréotypes sur les générations Y et Z

Un stéréotype, une série de clichés qui, d'après Jean Pralong, sont les mêmes depuis l'après guerre et que l'on donne pour certains : "La force du stéréotype c'est justement de rendre ça possible à évoquer comme un fait et non pas comme une croyance. Il y a beaucoup de gens qui croient que les jeunes, les générations Z ou Y, ont vraiment des différences comportementales et du coup ça devient un problème parce que c'est présenté comme une évidence et pas comme un stéréotype. D'autres formes de discriminations, liées par exemple à la couleur de peau ou à l'ethnie supposée, sont très malaisées à évoquer en public parce qu'elles sont un sujet de honte et qu'on a bien conscience que c'est de la discrimination pure. Là, avec tous les discours sur la génération Y et Z, c'est presque un fait de sens commun qui est présenté, c'est comme si c'était une évidence".

Davantage de CDD

Et du coup, les entreprises, pour limiter les risques d'une mauvaise embauche, auraient plus recours au CDD. "Elle le font dans doute, bien que ce soit des contraintes juridiques, pour lever l'hypothèque des comportements des jeunes. Elle le font comme une espèce de mise à l'essai, préalable à l'embauche, qui est étayée par l'idée qu'il faut vérifier sur le terrain que ce jeune là a bien des comportements compatibles avec ce qu'on attend dans l'entreprise", explique Jean Pralong.

Pour en arriver à ces conclusions, le chercheur a étudié le parcours de près de 700 diplômés d'un master de gestion. Une formation très prisée partout en Europe. Il estime que le stéréotype d'un jeune difficile intégrable dans l'entreprise pèse pour 18% dans les difficultés d'intégration des jeunes diplômés.

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