C'est dans ma tête. Victimes du terrorisme: une journée de commémoration en France à partir de 2020

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Le 11 mars, la 14e journée européenne de commémoration des victimes du terrorisme a été célébrée, à Bruxelles, à l’initiative de la Commission européenne. Le président Macron a promis d'instaurer une journée d'hommage national le 11 mars, à partir de 2020.

La 14e journée européenne de commémoration des victimes du terrorisme a été célébrée, à Bruxelles, lundi dernier 11 mars, à l’initiative de la Commission européenne. Et le Président Macron a annoncé, qu’à partir du 11 mars 2020, une journée de commémoration serait également célébrée tous les ans, en France, en concertation avec les associations de victimes, et d’aide aux victimes.

Nous revenons aujourd'hui, avec la psychanalyste Claude Halmos, sur cette journée d'hommage et sur son apport pour les personnes victimes directes ou indirectes.

franceinfo : Que peuvent apporter de telles journées ? 

Claude Halmos : Un attentat terroriste fait toujours à la fois des victimes directes, et des victimes indirectes, puisqu’il fait subir à toute la population, un choc traumatique. Et je pense qu’il faut réfléchir à ces commémorations, en fonction du chemin qu’ont à faire ces deux catégories de victimes.    

Ces chemins sont différents ?      

Oui. Pour les victimes indirectes, le chemin à faire est en deux temps. Elles doivent, dans un premier temps, essayer de mettre l’attentat à distance, pour retrouver une vie à peu près normale : sortir sans peur, prendre les transports. Mais, lorsqu’elles y sont parvenues, il faut - c’est le second temps - qu’elles fassent en sorte, tout en vivant normalement, de ne pas oublier l’attentat.

Parce que la mémoire de cet attentat, et de ses victimes, fait partie de leur histoire, et de celle de leur pays. Et parce que, tout pouvant recommencer, il est nécessaire que chacun reste conscient et vigilant.      

Et les victimes directes, quel chemin doivent-elles faire ?        

Elles ont à faire un chemin très différent car elles n’ont pas la même capacité d’évoluer (par rapport à l’attentat) que les victimes indirectes. Un traumatisme comme celui qu’elles ont subi, provoque en effet toujours une sorte "d’arrêt sur image", qui immobilise le temps.  

Et, de ce fait, les victimes restent comme fixées au moment de l’événement, avec des images et des angoisses récurrentes qui tournent en boucle dans leur tête. Non pas, comme on pourrait le croire, parce qu’elles ne pourraient pas oublier ce qu’elles ont éprouvé mais, au contraire, parce qu’elles ne peuvent pas s’en souvenir.

Elles sont hantées par ce qu’elles ont dû, au moment de l’attentat, pour ne pas "perdre la raison", vivre sans en être conscientes. Et il faut, pour qu’elles retrouvent leurs capacités d’évoluer, qu’elles reconstituent, grâce à un travail thérapeutique, cette mémoire enfouie.        

Par rapport à tout cela, quel rôle jouent les commémorations ?      

Si ces commémorations n’existaient pas, on pourrait, à terme avoir, d’un côté, des victimes indirectes qui oublieraient de plus en plus et, de l’autre, des victimes directes qui, ne parvenant pas, elles, à oublier, se retrouveraient, dans une société sans mémoire, de plus en plus isolées et rejetées.  

Les commémorations évitent cela : en témoignant d’un temps en marche, et en les assurant d’un soutien collectif qui est indispensable à leur reconstruction, elles aident les victimes directes. Et elles aident aussi les victimes indirectes en leur montrant que la mémoire est nécessaire, parce qu’elle permet de lutter contre l’intolérance et la violence, et de faire ainsi d’événements porteurs de haine et de mort, des leçons de vie.        

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