C'est dans ma tête. Prévention SIDA : "il faut avoir appris à se protéger"

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Le Festival Solidays a lieu ce week-end sur l’hippodrome de Longchamp. On reparle, à cette occasion, des difficultés de la prévention.

Le Festival Solidays jusqu'à demain soir dimanche 25 juin, sur l'hippodrome de Longchamp à Paris - 80 concerts contre le SIDA - est l'occasion pour la psychanalyste Claude Halmos de revenir sur cette question des difficultés de la prévention. 

Pourquoi est-il si difficile de comprendre qu’il faut se protéger et comment améliorer la prévention ?

La prévention est difficile parce qu’elle met en jeu des mécanismes psychologiques très complexes. Se protéger suppose en effet d’abord de pouvoir prendre la mesure du danger. Ce qui n’est pas simple. Parce que, quand une chose nous dérange, nous préférons souvent la minimiser, voire même la nier. Et puis cela suppose aussi, une fois l’idée du danger acceptée, de faire, au jour le jour, l’effort d’agir en tenant compte de ce danger.

Pourquoi est-ce si difficile d’accepter l’idée du danger ?

 Parce que cela revient à pouvoir accepter qu’il existe, pour chacun de nous, des réalités contraignantes et incontournables. Cela met des limites à notre toute puissance et donc ne va pas de soi. Et, pour y parvenir il faut avoir pu se familiariser, dès l’enfance avec cette idée. C’est à dire avoir eu des parents qui vous aient expliqué ces réalités, et appris à vous soumettre aux limites qu’elles imposent.

Si des parents par exemple expliquent à leur enfant, chaque fois que c’est nécessaire, qu’il ne peut pas reprendre cinq fois de la mousse au chocolat ou terminer tous les paquets de bonbons parce qu’il va être malade, (et l’empêchent de le faire), ils lui permettent de comprendre, peu à peu, qu’il n’est pas tout puissant. Et cela l’aidera évidemment, plus tard, à accepter, dans le domaine de la sexualité, la nécessité de se protéger.

Pourquoi est-il difficile de renouveler cet effort tous les jours ?

Pour plusieurs raisons. D’abord parce que cela nous oblige à nous imposer quelque chose qui ne nous plait pas forcément. C’est à dire à porter atteinte à notre bon plaisir.  Et c’est difficile. Mais cela va encore plus loin. Parce que, pour être capable de se protéger, il faut être profondément conscient que l’on en vaut la peine. C’est à dire être conscient que l’on a une valeur. Beaucoup de gens qui ont des conduites à risque sont des gens que leur histoire à conduit à se dévaloriser (consciemment et surtout inconsciemment).

Pour se protéger, il faut aussi avoir appris à le faire

Les gens qui ne prennent pas soin d’eux-mêmes, qui ne se protègent pas mais qui ne vont pas non plus chez le médecin quand ils sont malades, sont souvent des gens dont les parents ne s’occupaient pas quand ils étaient petits. Beaucoup de nos conduites d’adultes renvoient, sans que nous en soyons conscients, à notre petite enfance…

Que pourrait-on faire pour améliorer la prévention ?

Je crois qu’il faudrait d’abord reparler du sida, et surtout de sa gravité, que beaucoup de gens sous-estiment aujourd’hui, à cause de l’avancée des traitements. Et il faudrait d’autre part améliorer notablement l’information sexuelle des enfants et des adolescents. Si, à 5 ans, on n’a pas encore pu parler avec ses parents de la façon dont on fait les bébés, on n’osera jamais, à 15 ans, les interroger sur le préservatif.

Et puis, encore une fois, il faut réfléchir à l’éducation. Non pas en fonction de critères idéologiques, comme on le fait encore trop souvent, mais en évaluant ce qu’elle doit être, pour préparer les enfants à la vie qui les attend plus tard.