C'est dans ma tête. Les jeux d'argent et de hasard

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Depuis le 7 Novembre, les Français peuvent devenir actionnaires de la Française des Jeux. Et on sait depuis cette semaine, qu'ils ont déjà investi 600 millions d'euros d'actions. La psychanalyste Claude Halmos revient aujourd'hui sur les risques liés à ce goût pour les jeux d'argent. 

600 millions d'euros, c'est le montant investi,  depuis le 7 novembre dernier, par les Français devenus actionnaires de la Française des jeux. L’État français, qui possédait 72% du capital de la FDJ, a décidé en effet d’en céder 52%, et de réserver un tiers de cette cession aux particuliers. Initiative qui suscite beaucoup de commentaires, puisque, si l’on en croit l’Observatoire des jeux, la France compterait plus de 20 millions de joueurs, dont cinq millions de joueurs réguliers.

franceinfo : Comment peut-on expliquer ce goût pour les jeux d’argent et de hasard ?    

Claude Halmos : On ne peut pas répondre de façon globale, à cette question, parce qu’il existe, dans ce domaine du jeu, comme dans tous les autres, plusieurs sortes de joueurs.

Pour certains joueurs, le jeu n’est pas un problème, parce qu’ils le considèrent comme un simple divertissement. Ils jouent de façon occasionnelle, et en tenant compte de la réalité de leurs possibilités financières. Ils peuvent cesser de jouer, quand ils le décident. Ils supportent de perdre, et n’essayent pas de jouer jusqu’à leur dernier centime, en pensant qu’ils vont "se refaire". Le jeu ne représente pour eux qu’un moment de plaisir, et de rêve (parce que, évidemment, ils aimeraient bien gagner).           

Mais il existe aussi des joueurs pour qui le jeu est un véritable besoin : ils ne peuvent pas s’empêcher de jouer. Ils le font sans tenir compte de leurs possibilités financières réelles. Ils ne supportent pas de perdre, et peuvent rejouer indéfiniment, dans l’espoir de compenser leurs pertes ; et ils peuvent en arriver au stade de l’addiction.      

Comment peut-on expliquer leur rapport au jeu ?        

Il s’explique par des problèmes psychologiques ; mais ces problèmes peuvent être aggravés par leurs difficultés économiques. Certains joueurs ont besoin de l’excitation que procure le jeu : de ces moments, où l’on peut aussi bien tout gagner, que tout perdre.

D’autres peuvent être mus par un désir inconscient de se punir, en perdant. D’autres encore peuvent faire du jeu le lieu d’une sorte de face à face inconscient avec le destin, et la chance. Comme s’ils espéraient, à chaque tentative, que ce soit à eux, cette fois (et non pas, par exemple, à leur frère, comme quand ils étaient petits …) que le destin donne enfin sa chance. Et puis ils peuvent être aussi, à leur insu, le jouet d’un sentiment de toute -puissance. Comme des enfants qui marcheraient en haut d’un mur, les yeux bandés, en étant persuadés qu’ils ne peuvent pas tomber.                 

Et tout cela peut être aggravé par des réalités économiques ?      

Les études montrent que les joueurs des catégories sociales défavorisées laissent, dans le jeu, un pourcentage de leurs revenus supérieur, à ceux des catégories plus favorisées. Comme s’ils cherchaient, dans le jeu, une possibilité d’espoir en des jours meilleurs, que la réalité ne leur donne pas.

Et, en même temps, un sentiment de liberté. C’est à dire la possibilité de ne plus seulement, dans le domaine de l’argent, subir ; et d’être, le temps d’une mise, acteurs de leurs investissements, et donc libres. Et tout cela montre à quel point la mise en garde, qui accompagne les messages publicitaires sur le jeu : "Jouer comporte des risques", est justifiée…          

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