C'est dans ma tête. Les enfants face à la pauvreté

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Un sondage IPSOS l'a révélé à la mi-septembre : 62% des enfants interrogés ont peur de devenir pauvre. La psychanalyste Claude Halmos revient aujourd'hui sur cette perception de la réalité du monde par les enfants, souvent plus attentifs aux autres que bien des adultes.

L’Institut IPSOS a publié le 13 septembre un sondage, qu’il a réalisé pour le Secours Populaire, auprès d’un échantillon représentatif de 510 enfants, de 8 à 14 ans. Ce sondage révèle que 51% d’entre eux pensent qu’il y a beaucoup de pauvres en France, et que c’est injuste ; et que 62%, soit plus de 6 sur 10, ont peur de devenir pauvre.  

franceinfo : Comment expliquer la peur de ces enfants ?      

Claude Halmos : Je crois que ce sondage prouve, une fois de plus, à quel point les enfants perçoivent clairement la réalité du monde dans lequel ils vivent.  

Pourquoi voient-ils si clairement la pauvreté ?  

Parce que le spectacle de la pauvreté, notamment dans nos villes, crève les yeux. Et que, si beaucoup d’adultes arrivent à ne pas le voir - ou à se raconter, pour se protéger, qu’ils ne le voient pas -  les enfants, eux, le voient ; et cela leur fait violence. Mais, dans le sondage, 56% des enfants disent que c’est à l’école qu’ils ont découvert la pauvreté.  

De quelle façon ?  

Par leurs copains. 41% disent avoir des copains qui ne mangent pas à leur faim. 61%, qui n’ont jamais de chaussures ou de vêtements neufs. 72% qui ne font jamais de sorties (culturelles, ou de loisir). Et 77%, qui ne partent jamais en vacances. Et ils en concluent que la pauvreté c’est : pour 82% ne pas avoir de logement ; pour 75% manquer de nourriture. Et pour 66% être obligé de demander de l’argent.

La pauvreté n’est donc pas, pour eux, une notion abstraite, mais des conditions de vie, qu’ils ont observées. Ce qui veut dire qu’ils sont souvent plus attentifs aux autres que bien des adultes, et plus capables d’empathie.  

Comment peut-on aider ces enfants à avoir moins peur de devenir pauvre ?  

En comprenant, d’abord, que leur peur d’être pauvre, même si elle est, pour nous, difficile à entendre, est justifiée. Parce que personne, aujourd’hui, ne peut jurer qu’il ne deviendra jamais pauvre. Il ne faut donc pas essayer de la faire disparaître, mais les aider à la transformer en volonté d’action.

En leur expliquant, par exemple, que les diplômes, et la formation professionnelle sont des armes, pour combattre le risque de pauvreté. Et puis il faut (au lieu de penser qu’il ne pourrait s’agir que de choses futiles, comme ne plus avoir de portable, par exemple), écouter, pour chaque enfant, ce que signifie pour lui "devenir pauvre". Et l’aider à agir au quotidien.  

En évitant qu’il se sente coupable de ce qu’il a (ce qui peut arriver si on lui propose de donner, comme je l’ai entendu suggérer, son goûter à un SDF, par exemple). Ou investi, personnellement, d’une mission (les enfants sont très forts pour cela) ; ce qui le ferait, là encore, se sentir coupable de ne pas réussir.

Il faut faire comprendre aux enfants la dimension collective du problème, et l’importance d’actions collectives. Et, parallèlement, la différence entre la pitié, qui met l’autre en position inférieure, et la solidarité, qui le pose comme un égal, et qui lui rend sa dignité. Cela montre à l’enfant que l’on peut chuter socialement, sans devenir pour autant un être déchu. Et c’est une leçon de vie qui peut, sa vie entière, lui être utile.              

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