Affaire Barbarin : "Porter ces affaires en justice aide les victimes à sortir des prisons dans lesquelles elles étaient enfermées", selon la psychanalyste Claude Halmos

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Le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, a été condamné jeudi à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs commises par un prêtre de son diocèse. La psychanalyste Claude Halmos explique l'importance de tels procès pour les victimes. 

Le cardinal Philippe Barbarin, a été condamné  jeudi 7 mars par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs. Le prélat a été jugé le 7 janvier dernier pour ne pas avoir dénoncé les agressions pédophiles du père Preynat au sein de son diocèse. Ses avocats ont fait appel. Le cardinal Barbarin va présenter sa démission au pape. Un procès très commenté et une condamnation historique. La psychanalyste Claude Halmos revient sur l'importance de ce procès pour les victimes. 

franceinfo : En quoi de tels procès peuvent-ils être utiles aux victimes ?

Claude Halmos : Ils sont très importants pour la reconstruction psychologique des enfants, et des anciens enfants victimes, qui est toujours beaucoup plus difficile et complexe qu’on ne le croit. L’abus sexuel fait toujours perdre à un enfant, en un instant, tous ses repères. S’il est petit, il ne comprend pas les actes qu’il a subis : il ne sait pas, par exemple, quelle partie de son corps a été touchée, ou pénétrée, et par quoi. Tout se brouille dans sa tête, on le voit dans ses dessins.

Et tout se brouille aussi s’il est plus grand, parce que l’intrusion de la sexualité adulte, dont il a été l’objet, a bouleversé le cours normal de sa sexualité d’enfant. Il est perdu ensuite par rapport à son agresseur, qui est devenu lui aussi, incompréhensible : on voit, dans les dessins d’enfants, des visages effrayants, et déformés (sans doute par la jouissance sexuelle).

Et surtout, il est perdu par rapport à lui-même. Parce qu’il s’imagine souvent responsable de ce qui lui est arrivé, et se sent coupable du désir qu’il croit avoir inspiré. Et tout est aggravé par le secret que lui impose l’agresseur. Parce que, par ce secret, l’agresseur l’installe dans ce qu’il peut ressentir comme une position de complice.        

Quelles sont les conséquences ?      

Elles portent sur l’image que l’enfant a de lui-même : il a l’impression de n’être plus rien, et peut en arriver à détruire sa vie. L’un des personnages du film, particulièrement juste, de François Ozon (Grâce à Dieu), le montre très bien. Elles portent sur sa sexualité, qui peut devenir impossible, prendre un tour qu’elle n’aurait pas prise autrement, ou rester hantée par les abus subis. Un personnage du même film raconte que sa sexualité, avec sa femme, se passe à trois : elle, lui, et l’abuseur. Et elle porte sur sa vision du monde, qui lui paraît dangereux, parce qu’il est peuplé d’agresseurs potentiels, et tout-puissants.      

Par rapport à tout cela, qu’apportent de tels procès ?  

Le fait de porter ces affaires en justice aide les victimes à sortir des prisons dans lesquelles elles étaient enfermées. Les procès cassent la prison du silence et du secret. Ils cassent la prison de la honte et de la culpabilité, car ils posent clairement le statut de victime de la victime, et celui d’agresseur de l’agresseur.

Et surtout, en posant que cet agresseur n’a pu agir que parce que ceux qui auraient pu, et dû l’en empêcher, ne l’ont pas fait, ils cassent l’idée de sa toute puissance et par là même la peur, particulièrement destructrice, qu’elle pouvait engendrer. Et ces procès ont cet effet - il faut le souligner - quelle que soit leur issue, parce que, même si elle n’est pas ce que l’on aurait pu souhaiter, ils font chuter, par leur existence même, l’idée d’impunité et de secret.       

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