C'est dans ma tête. Le bonheur au travail

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La recherche du bonheur de leurs salariés fait désormais partie des objectifs affichés par les entreprises.

franceinfo : Le bonheur au travail... C'était le thème cette semaine de la conférence de l'INRS, l’Institut National de Recherche et de Sécurité. Avec Claude Halmos, nous revenons sur la question de savoir si l’on peut vraiment aider des salariés à se sentir heureux dans leur travail, et de de quelle façon.

Claude Halmos : La recherche du bonheur des individus est un sujet difficile à aborder. Parce qu’on la présente en général comme un objectif universel, et tellement évident, qu’il n’y aurait pas lieu de le discuter.
Et pourtant le concept de bonheur, dans l’acception qu’on lui donne là, mérite que l’on y réfléchisse.

Pour quelles raisons ?

Le bonheur dont il s’agit est celui que la Psychologie dite "positive" pose comme le but ultime de la vie ; et dont elle affirme qu’il dépend, pour l’essentiel, de facteurs psychologiques. Dans cette optique, le bonheur des êtres humains serait donc lié, non pas à la réalité de leurs conditions de vie, mais à la façon -subjective- dont ils les vivent. Et cette idée a évidemment des conséquences très importantes.

À quel niveau ?

Au niveau de la vie sociale, d’abord. Parce qu’expliquer aux gens que l’essentiel est ce qu’ils ressentent, revient évidemment, en les faisant se centrer sur eux-mêmes, à prôner l’individualisme. Un individualisme qui pourra, éventuellement, les détourner, dans leur vie professionnelle, des combats menés collectivement, pour que leurs conditions de travail changent. Mais qui pèsera aussi sur leur vie privée.

Parce que si l’on croit que son bonheur ne dépend que de soi, et que l’on devrait pouvoir le trouver dans n’importe quelles conditions, on peut, si l’on n’y parvient pas, se sentir anormal et même coupable. Or, dans bien des cas, et notamment dans la vie professionnelle, on n’y parviendra pas.

Pourquoi ?


Parce que l’on ne peut pas aller bien dans n’importe quelles conditions. Une bouteille peut nous sembler, c’est vrai, à moitié pleine, plutôt qu’à moitié vide, mais l’optimisme a des limites. Et il ne sert à rien si la bouteille est totalement vide, et appelée à le rester. 

Pour être heureux dans son travail, par exemple, un certain nombre de conditions sont requises. Il faut avoir pu choisir son métier : les étudiants aux prises avec Parcoursup le disent. Il faut se sentir reconnu, dans ce que l’on fait, par la société, et avoir un salaire qui permette une vie décente, les mouvements sociaux actuels ne cessent d’en témoigner.

S’interroger, dans les entreprises, sur les méthodes de management, l’organisation de l’espace, ou l’écoute des salariés, est donc surement très important. Mais cela ne peut pas suffire à leur bonheur. Parce que cela ne résout pas leurs problèmes de fond, et peut même servir à les masquer. Avec, de surcroit, le risque de faire de la nécessité d’être heureux une norme supplémentaire, susceptible d’accroitre encore la pression qu’ils subissent. Un risque qu’il vaudrait mieux éviter..

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