C'est dans ma tête. L’accessibilité impossible : la "double peine" pour les personnes handicapées

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La psychanalyste Claude Halmos évoque aujourd'hui les difficultés immenses que rencontrent les milliers de personnes handicapées en France, pour accéder aux lieux publics, et ce, malgré la loi du 11 février 2005 qui prévoyait qu'en 2015 tout serait acccessible pour elles. 

La loi du 11 février 2005 prévoyait que les établissements recevant du public seraient tous, en 2015, accessibles aux personnes handicapées. On sait qu’il n’en est rien, et nous revenons aujourd'hui avec la psychanalyste Claude Halmos sur ce que représente, pour une personne handicapée, l’impossibilité d’accéder à certains lieux et à certains bâtiments.    

Claude Halmos : Il faut d’abord rappeler que des centaines de milliers de personnes, qui souffrent de handicaps moteurs, visuels, auditifs ou cognitifs, sont aujourd’hui emprisonnées chez elles, parce que la ville n’est pas équipée pour qu’elles puissent y vivre. Et cette violence s’ajoute aux souffrances physiques et psychologiques, que leur handicap leur impose.        

franceinfo : Vous pouvez nous expliquer ces souffrances ?     

Une personne handicapée ne se résume pas à son handicap. Elle a, comme tout le monde, de multiples capacités, mais elle doit, pour parvenir à les développer, se confronter à son handicap, et à ce qu’il lui fait éprouver. Elle doit apprendre à accepter son corps, et à explorer toutes les possibilités que, malgré ses limites, il lui donne ; à supporter d’avoir besoin de l’aide des autres, ce qui n’est jamais facile.

Et elle doit apprendre à vivre avec le sentiment d’injustice, que provoque toujours (que l’on soit né avec lui, ou qu’il soit apparu après une maladie ou un accident) un handicap ; et avec les questionnements angoissants, et invalidants qu’il peut susciter : "pourquoi moi ?", "Pourquoi dois- je supporter d’être différent ?" etc...    

Et les problèmes d’accessibilité s’ajoutent à ces souffrances ?         

Oui, parce que la personne handicapée se heurte, en permanence, à ces problèmes. Une personne handicapée n’est jamais libre d’aller, comme une personne valide, où elle veut, et de faire ce qu’elle veut, car sa liberté dépend de l’autorisation que la société, selon qu’elle a fait - ou non - les travaux nécessaires, lui donne. Elle se trouve donc renvoyée, en permanence, à une impuissance injuste et humiliante, et à un sentiment de rejet, tout à fait justifié.

Parce que devoir renoncer à une activité, à un spectacle, ou à une visite, parce qu’aucun équipement n’a été prévu, c’est être confronté au fait que l’on n’est pas pris en compte par la société, que l’on ne compte pas. Et donc se voir infliger, par rapport à son handicap, une "double peine", qui est intolérable.          

Comment pourrait-on faire changer les choses ?    

Beaucoup de mesures seraient à prendre. Mais il faudrait aussi changer, dans les têtes, la vision du problème. Le problème de l’accessibilité est en effet, généralement pensé - et parlé - en termes de possibilités qui ne sont pas données. Et, posé de cette façon on peut, tout en le déplorant, s’en arranger.

Or, cela ne correspond pas à la réalité, parce que ne pas rendre l’accessibilité possible, ce n’est pas seulement "ne pas permettre" certains lieux (et certaines activités) aux handicapés, c’est, ni plus ni moins, les leur interdire ; comme on a pu, en d’autres temps ou d’autres pays, en interdire certains à d’autres populations. Et c’est une atteinte au principe d’égalité, qui n’est pas admissible.        

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