C'est dans ma tête. Des déclarations paradoxales sur la question des migrants

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Un sondage réalisé pour France Info et Le Figaro montre que 42% des personnes interrogées ont des avis contradictoires sur la question des migrants. Elles sont à la fois hostiles à leur accueil et disent en même temps avoir une "bonne opinion" d'eux. 

Un sondage ODOXA, réalisé la semaine dernière pour France Info et Le Figaro, montre que 3 français sur 10 soutiennent en même temps l’ONG SOS Méditerranée, qui sauve les migrants, et Matteo Salvini, qui refuse de les accueillir. Et, de la même façon, 42% des français hostiles à leur accueil, disent avoir une "bonne opinion" d’eux. La psychanalyste Claude Halmos décrypte ce paradoxe. 

Comment peut-on expliquer des positions aussi paradoxales ?  

Je crois que les résultats de ce sondage montrent l’importance de l’impact qu’ont, par rapport à la question des migrants, les discours des politiques, et surtout les ressorts que ces discours utilisent. Autrement dit, 42% des personnes qui s’opposent à l’entrée en France des migrants, disent, vous l’avez souligné, avoir néanmoins une "bonne opinion" d’eux.

Nous ne savons évidemment pas ce que ces personnes entendent par "bonne opinion", mais il semble, en tout cas, qu’elles ne prennent pas spontanément les migrants pour les voleurs et les violeurs potentiels que d’aucuns, en France et ailleurs, décrivent ; et qu’elles peuvent même, probablement, les considérer comme des personnes en souffrance et avoir, pour eux, de la compassion. Mais il semble aussi que cette compassion s’efface dès que les politiques brandissent la menace du danger qu’ils représentent.  

Comment peut se produire une telle contradiction ?

Je crois qu’il faut se souvenir que la compassion pour l’autre, qui permet d’avoir envie de l’aider, suppose de pouvoir s’identifier à lui. C’est-à-dire de pouvoir se mettre à sa place, pour se représenter sa souffrance.

Cette capacité de la compassion pour l'autre n’est pas, chez les humains, innée

Claude Halmos

Cette capacité résulte d’une construction qui s’effectue dans l’enfance (et seulement si l’enfant reçoit une éducation), une construction qui est difficile, parce qu’elle l’oblige à faire un gros travail sur lui-même (pour résister à son premier mouvement, qui est plutôt de ne se préoccuper que de lui-même). Et qui est fragile, parce que ce travail sur soi est à refaire en permanence, toute la vie.  

Par rapport à cela, quel rôle joue le discours des politiques ?  

Ce discours agit en cassant, chez ceux qui l’écoutent, toute possibilité d’identification aux migrants. Et il le fait en opérant une sorte de tour de passe-passe, qui consiste à les présenter non pas comme des individualités, dont on peut se représenter le malheur, mais comme des hordes d’ennemis, anonymes et sans visages, qui menacent les pays dans lesquels ils arrivent. Et, à partir de là, si l’on n’entend pas le caractère manipulatoire de ce tour de passe-passe, on ne peut que rejeter ces supposées hordes d’envahisseurs.  

Mais, à ce niveau, les résultats de ce sondage sont intéressants parce qu’ils montrent que, malgré leur habileté, ces discours de rejet ne parviennent pas à tuer chez tous ceux qui pourtant les approuvent, la capacité de compassion. Et c’est rassurant. Car c’est aussi à ses capacités de compassion, que l’on peut mesurer le degré de civilisation d’une société.              

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