C'est dans ma tête. Délai de prescription des crimes sexuels sur les mineurs

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Un débat a lieu actuellement, à la suite des déclarations de Flavie Flament, pour savoir s’il faut rallonger le délai de prescription du viol sur mineur (qui est actuellement de 20 ans à partir de la majorité de la victime). Pour la psychanalyste Claude Halmos, le rallongement de ce délai est nécessaire. 

Pourquoi un rallongement de ce délai est-il souhaitable ? 

Je crois que ce serait important, d’abord pour les victimes. Un viol, pour un adulte, est toujours un événement traumatique très grave, parce que la victime se retrouve utilisée comme un objet et donc littéralement dépossédée d’elle-même. Mais c’est encore plus grave pour un enfant ou un adolescent. Parce que les actes sexuels que leurs agresseurs leur imposent relèvent d’un stade de développement qu’ils n’ont pas encore atteint.

Ces actes les détruisent donc, à la fois, au présent et pour l’avenir. Ils provoquent dans leurs têtes et dans leurs corps une véritable explosion. Et ces enfants doivent, pour ne pas devenir fous, les enfouir, les chasser de leur conscience et vivre ensuite, comme à côté d’eux-mêmes, comme si rien ne s’était passé. Et la mémoire de ces actes peut mettre des dizaines d’années à revenir.

Qu’est-ce qui fait que la mémoire de ces actes revient ?

Des évènements divers de la vie. Mais elle revient souvent avec les premiers rapports sexuels, ou quand la victime attend elle-même un enfant. Et surtout quand cet enfant atteint l’âge qu’elle avait elle-même au moment du viol. Mais elle ne revient jamais clairement. Elle revient par des angoisses, des peurs, des cauchemars qui peuvent sembler, pendant tout un temps, inexplicables. Et il faut toujours très longtemps pour reconstituer la vérité. Donc rallonger le délai de prescription serait important. Et je pense même que les crimes sexuels sur les enfants devraient être imprescriptibles.

En France, les seuls crimes imprescriptibles sont les crimes contre l’humanité

Un crime contre l’humanité c’est un crime dont la gravité tient au fait que les actes que l’on fait subir aux victimes, non seulement les détruisent mais nient, de fait, leur qualité d’êtres humains. On ne peut pas entasser, comme du bétail, des humains dans des trains pour les déverser ensuite dans des chambres à gaz, où on va les exterminer comme des insectes ou les couper en  morceaux, avec une machette, dans un marais. Et on peut faire un rapport entre ces victimes et les enfants violés, sur au moins trois points :
- La gravité du traumatisme infligé,
- l’impuissance radicale par rapport au tortionnaire,
- et le fait que les conséquences sont ineffaçables.

Un enfant violé peut se reconstruire s’il est soigné, aidé, etc…mais il n’aura jamais la vie qu’il aurait eue s’il n’avait pas été violé. Donc le violeur lui vole à la fois son enfance et son avenir. Il prend sa vie entière en otage. Et il ne devrait pas y avoir de prescription pour un dommage qui, lui, n’aura jamais de fin.

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