C'est dans ma tête. Corps exhibé ou corps en lutte ? Le procès d'une Femen

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Une peine de trois mois de prison avec sursis et de 2 000 euros d’amende a été requise lundi 8 octobre à l’encontre d'Iana Zhdanova, une Femen qui avait attaqué en 2014 la statue de Vladimir Poutine au musée Grévin.

Iana Zhdanova, 30 ans, une ex-militante des Femen qui avait attaqué à coups de pieu, lors d'une action seins nus, la statue de cire de Poutine au musée Grévin en juin 2014, a été jugée pour la troisième fois, lundi 8 octobre, pour exhibition sexuelle devant la cour d'appel de Paris. Une peine de trois mois de prison avec sursis et de 2 000 euros d’amende a été requise à son encontre.

Iana Zhdanova avait été d’abord été condamnée pour dégradations et exhibition sexuelle, puis relaxée en appel du chef d’exhibition, mais l'arrêt avait été cassé par la Cour de cassation qui, en janvier dernier, a ordonné un nouveau procès. La cour d'appel rendra sa décision le 10 décembre prochain. La psychanalyste Claude Halmos revient aujourd'hui sur cette nuance entre corps en lutte et corps qui s'exhibe. 

Pourquoi les Femen refusent-elles que l’on qualifie leurs actes d’exhibitions sexuelles ?  

Elles le refusent parce qu’elles revendiquent une utilisation politique du corps féminin. Elles disent - je cite : "utiliser le corps des femmes comme outil de protestation, de libération et le montrer comme agressif et politique".      

Comment faut-il comprendre cette notion "d’utilisation politique" ?  

Elle signifie que les Femen n’entendent pas, en se dénudant, mettre en cause la notion de pudeur, qui impose de voiler les corps (ce qui pourrait justifier que l’on parle d’exhibition). Il s’agit pour elles de dénoncer l’idée d’un corps féminin, conçu comme mauvais et dangereux, et que, pour cette raison, il faudrait cacher. Elles dénoncent cette idée en s’en emparant, pour retourner la situation, et imposer au regard du monde, par leur nudité, ce corps scandaleux.      

Que veut dire cette idée de corps scandaleux et dangereux ?     

Elle peut évoquer les corps de ces femmes aux pouvoirs maléfiques qu’étaient les sorcières, qu’il fallait brûler. Et, plus près de nous, les corps féminins dont les extrémistes musulmans (mais aussi, à un degré moindre, ceux d’autres religions) exigent qu’il soit caché, sous une burka, par exemple. Les extrémistes prétendent qu’ils l’exigent pour protéger la pudeur des femmes, en les préservant du regard des hommes.

Mais il s’agit, en réalité, en cachant les femmes, de préserver les hommes des désirs qu’elles pourraient leur inspirer

Claude Halmos

C’est donc une vision des choses dans laquelle les hommes seraient mis en danger par les femmes qui, au moyen de leurs corps maléfiques, pourraient les pousser à la débauche.          

Comment expliquer qu’une telle vision des choses puisse être acceptée ?      

Elle l’est pour des raisons historiques et sociales, mais on peut évoquer aussi des raisons d’ordre psychologique. Freud explique - et on le retrouve dans les thérapies d’enfants - que les enfants, petits, croient d’abord que les êtres humains ont tous le même sexe (qu’ils conçoivent sur le modèle du sexe masculin) et imaginent, quand ils découvrent que les femmes n’ont pas ce sexe, qu’on le leur a enlevé pour les punir.

Cela peut les conduire, si aucun adulte ne leur explique la réalité, à considérer les femmes comme des êtres diminués et donc inférieurs, mais conduire aussi les garçons à craindre pour leur propre sexe. Et à développer des fantasmes inconscients, comme celui par exemple que leur sexe pourrait, dans l’acte sexuel, être englouti par le corps de la femme.

Les Femen opposent à cette idée d’un corps féminin soumis, à la fois inférieur et redouté, celle d’un corps érigé, qu’elles exposent, et dont elles revendiquent la puissance 

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