C'est dans ma tête. Confinement allégé : difficultés allégées ?

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Les commerces vont donc rouvrir aujourd'hui samedi 28 novembre. Comment s'adapter aux nouvelles limites de ces mesures liées à l'épidémie de Covid-19 qui ne nous permettent pas encore de retrouver une vie normale ? 

Le président Macron a annoncé mardi  24 novembre le passage à un confinement allégé. De nombreuses choses sont donc à nouveau possibles, mais beaucoup d’autres continuent à ne pas l’être. Et revenons aujourd'hui avec la psychanalyste Claude Halmos sur ce que représente, sur le plan psychologique, l’acceptation de ces limites qui continuent à être mises à la vie normale.  

franceinfo : Comment accepter psychologiquement ces nouvelles limites qui ne sont pas celles de la vie normale ? 

Claude Halmos : Les difficultés psychologiques sont celles qui sont générées, depuis le début, par cette pandémie. Et qui sont d’autant plus lourdes que, faute de les repérer comme telles, on sous-estime leur importance, leur complexité, et leur dangerosité. Et elles sont aggravées aujourd’hui du fait de l’épuisement, de l’incertitude, et des problèmes économiques qui s’accumulent.    

Vous pouvez nous expliquer ces difficultés ?        

Ces difficultés psychologiques, qui sont là pour tout le monde, et qui s’ajoutent aux problèmes personnels de chacun, découlent d’un rapport anormal à trois choses. Elles découlent d’un rapport anormal à la mort : les humains s’efforcent en général d’oublier, parce cela leur fait peur, qu’ils sont mortels (Freud dit même que, dans notre inconscient, nous nous pensons tous immortels). Or, le Covid-19 nous confronte en permanence à la mort, et c’est générateur d’angoisse. Et elles découlent d’un rapport anormal, à la fois, aux limites (du fait d’un  surcroît d’obligations, et d’interdictions) et à une réalité qui ne nous convient pas, mais que nous ne pouvons pas changer.

Nous nous retrouvons donc - bien qu’adultes - dans la position d’enfants impuissants, obligés d’obéir à des limites qui s’opposent en permanence à leur volonté d’agir comme bon leur semble. Et c’est, à notre époque, particulièrement difficile à vivre.  

26 novembre 2020. Manifestation à Marseille pour la réouverture des bars, restaurants, discothèques et tous les métiers de l\'hôtellerie ou comment les limites du confinement sont devenues insupportables pour ces corps de métier. 
26 novembre 2020. Manifestation à Marseille pour la réouverture des bars, restaurants, discothèques et tous les métiers de l'hôtellerie ou comment les limites du confinement sont devenues insupportables pour ces corps de métier.  (GIACOMO ITALIANO / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP)

Pourquoi ?    

Parce que l’on nous encourage depuis des années, à privilégier le bien-être de notre seule personne ; c’est-à-dire à l’individualisme. Et que l’on nous présente (notamment dans le domaine de l’éducation) les limites comme des entraves à l’épanouissement. Ces théories, qui font l’objet d’un consensus, marquent la société, et fragilisent tout le monde, même ceux qui n’y adhèrent pas.

Et il faut citer aussi le rôle non seulement politique, mais psychologique, que jouent les théories "complotistes" qui, elles aussi, laissent des traces, même chez ceux qui n’y adhèrent pas ; et qui aggravent nos résistances. Parce que, décrivant par exemple le Covid-19 comme une invention des puissants, destinée à leur permettre d’opprimer les plus faibles, elles ont, sur nous, le même effet qu’auraient sur un enfant les paroles d’un adulte qui lui dirait : "Tu peux aller toucher la porte du four. C’est pour t’empêcher de t’amuser que tes parents te disent qu’elle brûle, mais ce n’est pas vrai".   

Qu’est-ce qui peut nous aider ?    

Je crois qu’il faut que nous nous appuyions sur l’idée que la situation est (plus que) difficile, mais pas pour autant éternelle ; qu’elle aura une fin. Et que nous essayions, en attendant, de la vivre le mieux - ou le moins mal - possible, en nous appuyant sur les autres. Et en les soutenant, matériellement, mais aussi psychologiquement, pour nous aider, nous-mêmes, à sortir ainsi du sentiment d’impuissance destructeur dans lequel nous plonge cette pandémie.

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