C'est dans ma tête. Choisir la fin de sa vie ?

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Le débat sur l'euthanasie a été relancé en France ces derniers jours à l'Assemblée nationale. Un débat qui n'a pas donné lieu à une évolution de la loi. L'euthanasie tout comme le suicide assisté, restent interdits, alors qu'une majorité de Français se dit favorable à l'octroi de ce droit. Cela n'enlève rien à l'épreuve que représente ce moment. 

La discussion d’un projet de loi autorisant l’euthanasie a commencé le 8 avril, à l’Assemblée nationale, et une majorité des français, on le sait, y est favorable. Néanmoins, au sein des familles, la demande d’un malade d’en finir avec ses souffrances est toujours difficile à vivre, même pour les plus convaincus. Le décryptage de la psychanalyste Claude Halmos. 

franceinfo : Que représente la demande d'un malade d'en finir avec ses souffrances, pour les personnes qui l'accompagnent ?

Claude Halmos : La demande d’un malade de mettre fin à sa vie est d’autant plus difficile à vivre, pour ses proches, qu’elle survient en général à un moment où ils sont déjà fragilisés par ce qu’ils le voient endurer, et  par l’angoisse de sa mort. Et elle fait naître pour eux de nouvelles souffrances.  

Pouvez-vous nous expliquer ces souffrances ?  

La demande du malade vient frapper ses proches, même s’ils la comprennent et l’approuvent, au cœur de ce qui accompagne toujours, inconsciemment, l’amour. Nous avons tous tendance à faire rimer "aimer", avec "posséder", et à penser que nous savons ce qui est bon pour ceux que nous aimons ; parce que nous avons tous du mal à supporter l’altérité : le fait que l’autre soit... un autre, et que son désir lui appartienne.  

Or, en signifiant à ses proches qu’alors qu’ils voudraient, eux, repousser sa mort le plus loin possible, il la souhaite, lui, immédiate, le malade vient les bousculer dans tout cela. Et, en même temps les obliger à passer de l’idée de sa mort, à la réalité de cette mort qui, même s’ils la savaient inéluctable, reste insupportable ; et cela peut d’ailleurs leur donner l’envie de repousser sa demande. Ils auraient donc besoin que des professionnels les aident à supporter ce que cette situation terrible provoque en eux, et dont ils se sentent souvent très coupables, alors que c’est inévitable.  

Le fait de savoir que la décision de la personne va lui permettre de ne plus souffrir, peut aider à l’accepter ?  

Consciemment, oui. Mais, inconsciemment, là encore, c’est moins sûr. Parce que quand quelqu’un, dont on aurait encore tellement besoin, décide de quitter la vie, on peut se sentir abandonné par lui. Et d’ailleurs les enfants, dont un parent meurt, sont souvent (on l’entend en thérapie) en colère contre lui, parce qu’ils lui en veulent, inconsciemment, de les avoir quittés.

Accepter que l’autre veuille mourir, c’est lui donner le droit de nous priver de lui, et c’est plus que difficile. Même si, on le sait, le sentiment d’avoir pu l’accompagner, et le respecter jusqu’au bout facilitera ensuite le deuil.  

Cette loi pose donc beaucoup de problèmes ?  

Oui, mais elle est essentielle. Quand la maladie vole à quelqu’un sa vie, on devrait pouvoir faire en sorte qu’elle ne lui vole pas aussi sa mort, en la rendant indigne. Et cela aiderait aussi, en contribuant à changer l’image de la mort, tous ceux qui restent.

La mort effraie, parce qu’elle signifie que tout s’arrête un jour (et cela on ne peut pas le changer), mais aussi parce que l’on sait qu’elle peut être précédée d’un enfer de souffrances, où l’on aura été dépossédé de sa dignité d’humain. Cela, on peut le changer. Et il serait grave de ne pas le faire.            

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