C'est dans ma tête. Agressions contre les maires : quand on confond les personnes et les fonctions

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La psychanalyste Claude Halmos revient aujourd'hui sur le rôle que jouent les fonctions sociales et explique pourquoi elles sont importantes dans la société.

Depuis plusieurs mois, les agressions contre les maires, ou leurs biens se sont multipliées. Un recensement de ces agressions a été engagé par Nicole Belloubet et Sébastien Lecornu ; et il prend fin cette semaine. 

franceinfo : Comment pensez-vous que l’on puisse expliquer de tels actes ?

Claude Halmos : Je crois que l’on ne peut comprendre ce que mettent en jeu ces agressions, et mesurer leur gravité, qu’en revenant au rôle que jouent les fonctions sociales.

Que voulez-vous dire ? 

Si un groupe humain vivait à l’état de nature, les individus, en l’absence de toute structure, agiraient comme tels, au gré de leurs désirs, ou de leurs besoins. Mais une société civilisée a besoin, pour fonctionner, de mettre en place, dans tous les domaines, des systèmes d’organisation, qui supposent des fonctions à remplir. Et, pour les remplir, des gens qui sont soit élus, soit nommés selon des règles précises. Et qui, dans l’exercice de leur fonction, ne représentent donc pas l’individu qu’ils sont, mais la fonction qu’ils occupent. Et c’est très important.

Pourquoi ce fonctionnement est-il important ? 

Ce fonctionnement est important pour la société, parce qu’il protège les citoyens (le titulaire d’une fonction ne pouvant agir que dans les limites de sa fonction, ils sont à l’abri de l’arbitraire). Et il protège aussi les titulaires de la fonction, puisque, leurs actions découlant de l’application des lois, ou des mandats reçus, ils ne peuvent, sauf s’ils manquent à leurs obligations, être tenus pour personnellement responsables de leurs conséquences.


Mais il est important aussi pour les individus : quand un adolescent, par exemple, comprend que, même s’il n’apprécie pas la personne de l’enseignant, il doit respecter sa fonction, il avance vers la socialisation.

Que se passe-t-il alors, quand on s’en prend personnellement, aux élus par exemple ?

C’est un recul en termes de démocratie, et même de civilisation. Et un recul dangereux. La dimension symbolique de la fonction a, en effet, un grand avantage : elle permet de faire disparaître, symboliquement, son titulaire ; en faisant en sorte qu’il ne soit pas réélu, par exemple. Si l’on annule cette dimension, la seule perspective est sa disparition réelle. On en revient donc à la sauvagerie, et à l’insécurité.

Et c’est aussi dangereux pour les agresseurs que pour les victimes : un agresseur qui se retrouve, face à sa victime, dans un monde sans lois, est livré, sans limites, à sa colère, et à sa violence. Il n’a plus de garde-fous. Et cela peut le conduire à des actes qu’il ne commettrait pas, dans un autre contexte.

Ceux qui soutiennent ce type d’agressions devraient donc y réfléchir. Dans une période historique où les fonctions sont mises au service de la dictature, et de la destruction, on peut être contraint de ne plus en tenir compte. Mais, dans une démocratie, on devrait pouvoir se battre, tout en les respectant.

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