Maryse Wolinski : "Pour Georges, le bonheur c’était un métier"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’invitée est la journaliste et écrivaine Maryse Wolinski. Elle publie "Le bonheur de rire", qui nous permet de découvrir de nouveaux dessins et archives de son mari Georges Wolinski, assassiné le 7 janvier 2015 lors de l'attentat terroriste contre "Charlie Hebdo".

La journaliste et écrivaine Maryse Wolinski publie Le bonheur de rire, aux éditions du Cherche Midi. Cet ouvrage, qui permet de découvrir de nouveaux dessins ainsi que des archives du dessinateur de presse Georges Wolinski, assassiné le 7 janvier 2015 lors de l'attentat terroriste contre Charlie Hebdo, est préfacé par Philippe Lançon, journaliste grièvement blessé lors de l'attaque dans les locaux du journal satirique. Une préface dans laquelle Maryse Wolinski ne serait pas vraiment veuve, a priori Georges serait sur une île déserte avec une femme nue et un palmier qui serait planté au milieu de l’océan... Une jolie et réconfortante idée selon elle : "J’aime beaucoup cette préface, je dois dire que cela m’a enchantée parce que… Ça m’a d’ailleurs fait rêver. J’ai fait un rêve après avoir lu cette préface. Un rêve où naturellement je revoyais Georges. Enfin, j’ai eu beaucoup de cauchemars mais de temps en temps, j’ai de vrais rêves."

L’amour à l’infini

"Je crois que j’ai eu la chance de ma vie", confie Maryse Wolinski en parlant de sa rencontre avec son mari. "Je dois dire que ça a enchanté ma vie, d’ailleurs, il a fait ma vie. J’avais 20 ans quand je l’ai rencontré, il m’a appris la liberté. Je veux dire qu’il m’a presque créée (…) Cet homme-là m’a poussée dans la vie", dit-elle.

C’est vrai qu’on était extrêmement différents, comme des partenaires mais des partenaires qui ne vivaient pas dans la fusion, pas du tout ! Chacun bien indépendant mais tellement amoureux !

Maryse Wolinski

à franceinfo

"L’absence que je vis, c’est une espèce d’absence-présence, c’est autre chose, c’est comme quelque chose d’un peu spirituel ", confie-t-elle. Alors, Maryse Wolinski continue de relire, de partager les œuvres de son mari. "Je relisais ce matin une bande qu'il a écrite en 2007 sur les dessinateurs de presse, et il disait : 'L‘humoriste prend des risques, l’humoriste est dévastateur, l’humour est un jeu dangereux'", raconte-t-elle"Et c’est vrai que, à chaque dessin, le dessinateur prend un risque. Parce que la bande dessinée, ça raconte des histoires. Mais le dessin lui-même, le dessin satirique, le dessin de presse ça apporte des idées, c’est profond. Et Georges 'piquait' quelque chose et il prenait de la hauteur pour nous l’exposer."

Le deuil impossible

"On m'a absolument voler mon bonheur", dit Maryse Wolinski. "Mais avec cette oeuvre que je tiens à mettre en valeur j'aurai tout le temps ce plaisir quand même de rire... Il me fait beaucoup rire", poursuit-elle. Malgré cela, accepter cette immense absence lui semble impossible, après presque 50 ans d’amour, elle murmure : "Je crois que je n’y arriverai jamais".

C’est tellement dur, c’était tellement beau, c’était tellement frais, c’était ce regard qui me faisait avancer. Maintenant je vis sous mon propre regard qui est tellement terrible, impitoyable alors que j’avais devant moi un regard, bien sûr souvent sexuel mais un regard doux, un regard aimant. L’amour !

Maryse Wolinski

à franceinfo

Le combat continue

Plus de cinq ans après les attentats de janvier 2015, Maryse Wolinski continue de se battre désormais sans son mari, pour lui et pour la liberté d’expression : "Je reprends un projet de mission pour la création d’une Maison européenne du dessin satirique et du dessin de presse, explique-t-elle. C’est important cette Maison parce qu’elle recouperait toutes les associations qui peuvent aider les enseignants comme Samuel Paty à bien expliquer ce que c’est que le dessin de presse, à choisir le bon dessin pour montrer aux enfants ce qu’est la liberté, ce qu’est la fraternité."

Aujourd’hui, ça a du sens de créer cette Maison européenne du dessin de presse et Georges avait senti ça avant tout le monde

Maryse Wolinski

à franceinfo

Elle se bat aussi contre un cancer. "C’est cette façon que j’ai eu de vivre ce traumatisme-là. Je suis tombée malade, je me soigne, je fais des chimios" et continue d’avancer à sa manière comme elle l’explique : "J’ai envie de rester dans ce bonheur de rire (… ) Pour Georges, le bonheur c’était un métier. J’ai envie de rester dans le bonheur de rire."

>> Une interview à écouter en intégralité ici :

Le monde d'Elodie avec Maryse Wolinski : "Pour Georges, le bonheur c’était un métier"
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