BD, bande dessinée. Contre-enquête sur une légende américaine

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Trois portraits croisés dessinent la légende de Chris Kyle, le sniper le plus meurtrier de l'histoire américaine. 

Fabien Nury et Brüno réévaluent l'image de Chris Kyle, American sniper, dont la biographie best-seller, et le film qui en a été tiré, dépeignent à leurs yeux de manière trop complaisante l’histoire d’un personnage devenue une icône dans l’Amérique de Donald Trump. 

Décaler le regard pour viser juste

Chris Kyle était le sniper le plus redoutable que les États-Unis ont produit. Ancien des navy seals, l’unité d’élite de l’armée américaine, il détient le record du nombre homologué de tués en opération : 160 éliminations confirmées, c’est-à-dire devant témoins ; 95 de plus si l’on prend en compte les personnes qu’il prétend avoir abattues, sans camarade de combat à ses côtés pour le certifier.

Quatre fois volontaire pour partir en Irak, multimédaillé, Chris Kyle est un héros pour les uns, un abominable meurtrier pour les autres. Il y a gagné un surnom : la légende. L’acteur Bradley Cooper l’a incarné dans un film de Clint Eastwood, avant que l’American Sniper ne tombe, en 2013, sous les balles d’un autre vétéran, Chad Littlefield, condamné pour cela à la réclusion à perpétuité.

Dans L’Homme qui tua Chris Kyle, le scénariste Fabien Nury et le dessinateur Brüno livrent leur point de vue personnel sur ces événements et leurs protagonistes. Cette BD au dessin sans affect n’est pas seulement l’histoire de Chris Kyle, ni celle de son assassin, pas plus que celle de la femme du sniper - elle y tient pourtant un rôle important et édifiant - c’est une description clinique de l’Amérique de Trump. 

Comme tout fan de western, je connais la phrase immensément célèbre de L’Homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende devient réalité, on imprime la légende. C’est la loi de l’Ouest. » Je la trouve très belle, cette phrase. Le problème, c’est qu’en 2020, c’est synonyme de fake news.

Le scénariste Fabien Nury

C’est la première fois que Nury et Brüno s’essaient au documentaire. Le scénariste affirme n’avoir inventé quasiment aucun dialogue. Les sigles, les armes, les cercueils stylisés alignés, les captures d’écran dessinées, tout, dans le dessin de Brüno, renvoie à l’iconographie de la violence contemporaine. La guerre et le fait divers y sont regardés à hauteur de drone ou à travers l’œil d’une caméra, dans des couleurs neutres – à de rares exceptions, comme la bannière étoilée dont le rouge et bleu, sans cesse brandis, arborés, recyclés, glacent les sangs.

L’Homme qui tua Chris Kyle, Nury et Brüno, Aux éditons Dargaud.

Un Prix Goncourt parle de bande dessinée

La BD s’invite chez les Goncourt. Le prix Goncourt de la biographie vient de couronner Thierry Thomas pour son évocation du créateur de Corto Maltese :

Hugo Pratt, trait pour trait, paru fin février chez Grasset.

Vous êtes à nouveau en ligne