BD bande dessinée. Commissaire Kouamé, un polar africain

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Marguerite Abouet a plus d’un registre pour parler de son pays, la Côte d’Ivoire. Après "Aya de Yopougon", voici "Commissaire Kouamé".

Enquête à Abidjan

Dans Aya de Yopougon, succès mondial tout public mis en images par Clément Oubrerie, la scénariste Marguerite Abouet avait choisi de parler de son quartier d’enfance, à Abidjan, sur le ton du marivaudage. Du point de vue des jeunes filles surtout, qui, comme Aya, Bintou et Adjoua étaient confrontées à des jeunes gens au comportement amoureux pour le moins léger et à la sévérité de pères pas vraiment exemplaires. C’était bon enfant. L’histoire se déroulait dans les années 1970. La Côte d’Ivoire vivait en paix.

Avec les aventures du commissaire Kouamé, changement de registre. Nous sommes toujours à Abidjan, mais en 2017. La ville toute entière semble devenue une scène de crimes et le commissaire Kouamé, qui tient autant de l’inspecteur Colombo que du commissaire Maigret, mène l’enquête. Sans prendre de gants avec les témoins et les suspects, vite attachés aux radiateurs. Car, oui, malgré le climat, il y a des radiateurs dans les commissariats ivoiriens. Marguerite Abouet les a vus !

Dans les séries qu’on voyait en Afrique, les gardés à vue sont attachés aux radiateurs. Qui n’ont pas besoin d’être allumés, évidemment.

Marguerite Abouet

Un polar africain mené sur les chapeaux de roue. L’infatigable commissaire a un adjoint blanc qui conduit son patron dans une collection de voitures toutes plus originales les unes que les autres. Une idée du dessinateur Donatien Mary. 

Je trouvais que dans l’écriture de Marguerite, il y avait ce rythme hyperrapide. Dès qu’ils arrivent sur une scène, les personnages doivent courir de l’autre côté de la ville. Il fallait que ce soit énergique.

Donatien Mary

Et burlesque ! Même si, sur le fond, cette BD parle avec acuité de la société ivoirienne contemporaine. Sans épargner les élites.

Marguerite Abouet, Donatien Mary, Commissaire Kouamé, un si joli jardin, Gallimard Bande dessinée.

INFO MANGA
INFO MANGA (FRANCEINFO)

Tous les 15 jours, Jean-Christophe Ogier accueille ici la chronique "Info manga" de Laetitia de Germon. Pour vous guider parmi les nombreuses parutions, Laetitia vous livre sa sélection et ses coups de cœur.

Je ne suis pas d'ici, de Yunbo, publié chez Warum, et Je suis encore là-bas, de Samir Dahmani, publié chez Steinkis

JE NE SUIS PAS D\'ICI, DE YUNBO / JE SUIS ENCORE LA-BAS, DE SAMIR DAHMANI
JE NE SUIS PAS D'ICI, DE YUNBO / JE SUIS ENCORE LA-BAS, DE SAMIR DAHMANI (WARUM / STEINKIS)

Choc des cultures, remise en cause de son identité, déracinement, sont autant de choses auxquelles sont confrontées les personnes qui quittent leur pays pour aller vivre dans un autre. Ce sont les thèmes abordés par Yunbo et Samir Dahmani, en couple à la ville, à travers deux livres qui se répondent pour interroger la société coréenne.

Le sujet est abordé de manière très différente par les deux auteurs. Dans Je ne suis pas d'ici, publié chez Warum, Yunbo livre une autofiction presque autobiographique. Elle y décrit avec beaucoup de sensibilité la difficulté à s'intégrer dans la société française, les conséquences de son éloignement sur sa manière d'être et de penser et la remise en cause de certains principes du mode de vie coréen.

De son côté, avec Je suis encore là-bas, publié chez Steinkis, Samir Dahmani aborde le problème sous un angle différent, celui de la pression sociale. Dans un récit fictionnel, où une jeune Coréenne timide et mal dans sa peau, Sunji, sert de traductrice à Daniel, un professionnel français en mission à Séoul, il montre à quel point il est difficile, pour ceux qui se sont échapper de Corée, d'y revenir et d'y reprendre une vie "normale" afin de ne plus être jugé.

Deux approches et deux styles différents pour un même sujet. Les dessins en noir et blanc se rejoignent, bien qu'ils ne se ressemblent en rien, par des touches bleutées et rougeâtres, dans chacun des titres, tout comme les couleurs des couvertures qui s’accordent.

Les deux titres peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre, mais les lire à la suite permet de mieux comprendre la situation et de repérer quelques clins d'œil entre les deux.

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