La dictature de l'émotion

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A première vue, des chefs d'œuvre de naïveté diplomatique et politique sont actuellement pulvérisés à propos de la Syrie.

Apparemment, le Premier ministre anglais David Cameron est tombé des nues quand ses propres
députés ont dit "no" à une action militaire contre Damas. Il avait
oublié les séquelles laissées dans l'opinion par les mensonges de son
prédécesseur Tony Blair, le fameux "caniche" de George Bush en Irak.
Dans la foulée, l'Américain Obama, prix Nobel de la paix, est tombé des nues
quand ses conseillers lui ont suggéré un vote du congrès avant d'envoyer des
missiles sur la Syrie.

Et nous, on tombe
des nues en pensant que le Français Hollande n'envisage pas de faire voter le
parlement français. Il dit et redit (comme si la décision était déjà prise mais
le calendrier bloqué par les Américains) qu'il faut "punir" Bachar al-Assad pour son emploi présumé d'armes chimiques contre ses opposants. Pas le
renverser, le punir. Nuance. On est là dans le seul cadre de la morale, sous le
coup de la "dictature de l'émotion" comme le dit si bien l'ancien
ministre Chevènement.

On tombe des nues
aussi en constatant avec quel mépris Washington, Paris et Londres tiennent
l'ONU, son conseil de sécurité et surtout ses inspecteurs qui ont fait le
déplacement de Syrie puisqu'on était à deux doigts d'envoyer d'ouvrir le feu
avant même d'avoir lu leur
rapport qui ne sera pas prêt avant une dizaine de jours.

On tombe des nues en
voyant combien les leçons de l'aventure irakienne n'ont pas été tirées. Combien
les armes chimiques d'Assad ressemblent aux armes de destruction massive de
Saddam Hussein. Combien on joue avec le feu en soutenant objectivement les
opposants de Damas dont les plus actifs sont les pires des extrémistes
islamistes.

Bien sur qu'Assad
est un dictateur méprisable. Bien sur que le gazage de civils est une horreur.
Mais on ne répond pas à une horreur par une erreur.