Il y a péril sur le rugby

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A première vue, quelque chose ne tourne plus rond (et même pas ovale) dans le rugby français. Ce n'est pas que le jeu proposé dans le Top 14 soit décevant, c'est qu'il n'y a pratiquement plus de jeu. Les nouvelles règles qui étaient censées accélérer et fluidifier le mouvement ont eu l'effet inverse.

Les deux tiers sinon
les trois-quarts des mêlées sont sanctionnées par des arbitres transformés en merles
siffleurs compulsifs. Les pénalités atteignent des records statistiques à la
cadence infernale d'une (pénalité) toutes les deux minutes. Désormais, les matchs se
gagnent tous de la même façon. Avec un tireur d'élite, version rugbystique du
sniper qui frôle les 90% de réussite dans les tirs au but. Avec un bombardement
chandelles sous lesquelles se précipitent des centres de 95 kilos à peu près
aussi élégants et créatifs que des semi-remorques. Avec des placages de
mammouths directement inspirés des arts martiaux.

Bref, il est bien
fini le temps ou les joueurs de rugby se divisaient en deux : ceux qui
déménagent les pianos et ceux qui en jouent. Maintenant il n'y a plus que des
déménageurs sur le terrain. D'ou le cri de colère d'un très grand ancien, André
Boniface qui a assisté, navré à la mise à mort par épuisement de son club de
toujours, le Stade Montois par les gros bras de Toulon.

A son époque, quand
la télé était en noir et blanc et Roger Couderc aux commentaires, André
Boniface formait avec son frère Guy la meilleure paire de centres de la planète
rugby. En ce temps-là, le contournement, l'évitement, la vitesse de passes étaient
leur marque de fabrique. Peut-être du rugby de papa. Sauf que c'est encore
comme ca que jouent les All Blacks. Et qu'ils sont en avance sur tout le monde.

Alors il a raison,
Boniface quand il dit que le rugby risque de mourir. Mourir d'ennui. La querelle
entre l'esthétique et l'efficace ne date pas d'hier. Mais quand la joie et le
plaisir disparaissent, les spectateurs ne sont jamais très longs à les imiter.     

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