Coupe du monde de rugby, J-3

A première vue, le rugby français n’est pas peu fier. A juste titre car affronter les All Blacks chez eux en finale de la coupe du monde est effectivement le scénario rêvé. Ce qui l’est moins, c’es la façon dont les Bleus sont parvenus jusque là. Sur un total de 6 rencontres disputées, ils n’auront vraiment bien joué que 35 minutes. Vingt contre les Anglais, plus les dix premières en match de poule contre les Blacks, plus les cinq dernières, proprement héroïques il est vrai, contre les Gallois. Tout le reste est à oublier, à ne surtout pas montrer dans les écoles de rugby. A part quelques touches et la plupart des mêlées.

Pourtant, comme le hurlent les gentils commentateurs de TF1 à qui les Bleus du rugby offrent désormais des audimats voisins de ceux du football, "On est en finale !" Et tant pis pour la manière car dans le sport de haut niveau seul compte le tableau d’affichage. Qu’on se le dise : le "mérite" est une notion absurde et désuète. Celui qui gagne a toujours raison et celui qui perd forcément tort. Et depuis qu’ils sont en Nouvelle Zélande, les Bleus ont fait le choix de déjouer en chantant plutôt que de jouer en déchantant.

Leur parcours tient moins du concours de talent que du concours de circonstances. Pour qu’ils arrivent jusqu’à Auckland, il aura fallu que les Canadiens battent les Tongiens, que les Irlandais surprennent les Australiens, que les Anglais perdent leur tonus en abusant des bières blondes et des jeunes filles de la même couleur. Enfin à propos de couleur, il aura fallu que l’arbitre du demi final sorte un carton rouge plutôt qu’un jaune contre le méchant capitaine gallois…Sans cette invraisemblable succession de miracles, on aurait plié les gaules.

Alors ne pas chercher de morale là dedans. La morale est soluble dans le sport. Dominer n’est pas gagner. Bien jouer n’est pas vaincre. De simples vertus basiques comme la solidarité, le courage et la fierté permettent parfois de déjouer les pronostics. Et c’est avec un excédent de cœur qu’on peut combler un déficit de talent. Chiche ?

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