Radicalisation : des problèmes "trop complexes pour faire de la politique politicienne", estime Marc Trévidic

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Pour Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, les services de renseignement sont aujourd'hui confrontés à un "terrorisme diffus", "quasiment insaisissable", illustré par l'attaque qui a fait quatre morts jeudi à la préfecture de police de Paris.

"Ces problèmes de radicalisation, de détection, de lutte contre ce terrorisme diffus qu’on a aujourd’hui, il n’y a pas plus complexe", réagit l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, invité de franceinfo lundi 7 octobre. Quatre jours après l'attaque à la préfecture de police de Paris, la droite et l'extrême droite réclament la démission de Christophe Castaner

"C’est quasiment insaisissable, il n’y a pas de bonne solution, on ne trouve pas de solution miracle", explique Marc Trévidic qui souhaite "bon courage à ceux" qui critiquent le ministre de l'Intérieur. 

Quand ils seront à sa place, on verra comment ils font pour éviter que quelqu’un qui ne donne pas trop de signes extérieurs, tout d’un coup prenne un couteau et fasse un massacre. C’est trop complexe pour faire de la politique politicienne

Marc Trévidic

sur franceinfo

"Les corps sont encore chauds qu’il faut donner une réponse à quand, comment, pourquoi et qu’est-ce qu’on va faire derrière", continue le juge. "C’est l’immédiateté de la civilisation d’aujourd’hui, la télé, la radio. Les gens veulent des réponses, les hommes politiques de l’opposition tout de suite vont attaquer. Ils ne vont pas non plus attendre de savoir de quoi ils parlent", affirme-t-il.

"Quelqu'un qui se réjouit d'un attentat alors qu'il est policier, c'est bizarre que ça ne soit pas remonté", a concédé Marc Trévidic. "Il faut une note de service très claire visant à rapporter tout fait qui peut paraître inquiétant", ajoute l'ancien juge antiterroriste, pour qui il faut tout de même se méfier. "Même si ça paraît brut de décoffrage, il faudrait voir un petit peu le contexte", dit-il.

Une habilitation secret défense qui inquiète

Ce dernier bénéficiait d'une habilitation secret défense : "Il pouvait logiquement avoir accès à des informations classifiées, secrètes, supérieures au niveau d’information habituel – les adresses privées de fonctionnaires qui font de la lutte antiterroriste, leurs numéros de téléphone... Ça m’inquiète", affirme le juge. "Si on l’a habilité, c’est qu’il devait voir de temps en temps des informations classifiées", explique-t-il.

Pour Marc Trévidic, on peut qualifier l'agression d'"action terroriste", mais pas d'"attentat", une notion un peu trop structurée pour ce genre d’individus. Le juge indique qu'il a eu affaire à des militaires radicalisés : "Il y a une grande différence entre le recrutement initial et des gens qui sont déjà fonctionnaires quand ils se radicalisent, puisque c'est beaucoup plus facile d'empêcher quelqu'un d'entrer dans la fonction publique régalienne que après de le virer s'il se radicalise".

Le début d'un procès dans l'affaire Karachi

Six hommes sont jugés à partir de lundi au tribunal correctionnel de Paris dans "l'affaire Karachi", pour des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. Marc Trévidic, qui a instruit en partie ce dossier, regrette "qu'on saucissonne, que les ministres ne soient pas jugés en même temps".

L'audience ne concerne en effet que le volet financier de l'affaire. Les responsables politiques de l'époque, Édouard Balladur et François Léotard, seront jugés par la Cour de justice de la République.

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