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Deux ans après le 13-Novembre : "Beaucoup sont déçus de Daesh mais pas du projet jihadiste"

Deux ans après les attentats du 13-Novembre, les revers militaires essuyés par le groupe Etat islamique, en particulier en Syrie, n'ont pas pour autant éliminé la menace d'attentats en Europe. 

"La perte de l’entité territoriale en Syrie et en Irak réduit considérablement la capacité opérationnelle" de Daesh en France, a expliqué lundi sur franceinfo Hugo Micheron doctorant à l'Ecole normale supérieure (ENS) dans la chaire Moyen-Orient Méditerranée. "Pour autant, l'organisation terroriste préserve des relais, notamment via Internet, des sympathisants en France et en Europe et partout dans le monde", a-t-il ajouté.

La crainte du "syndrome Hiro Onoda"

Même si les hommes de Daesh sont moins coordonnés, ils demeurent selon Hugo Micheron en capacité de mener des attaques terroristes. "Ce qu’ils ont perdu, c’est leur capacité de planification, de coordination. Ils sont donc très handicapés. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’en sont pas capables", souligne le spécialiste.

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Le sociologue Gérald Bronner, auteur de La Pensée extrême, estime lui aussi que des actions isolées et non coordonnées représentent la menace actuelle et future. "On pourrait craindre une sorte de syndrome Hiro Onoda, ce combattant japonais qui avait refusé de croire à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dit-il. Isolé, il continuait à harceler les forces américaines." 

Des attentats de l’ampleur que l’on a connue, avec une coordination, sont peu probables. En revanche, des attentats non coordonnés, c’est ce qu’il y a le plus à craindre

Gérald Bronner, sociologue

franceinfo

Les attaques isolées ne font pas moins de victimes, sont nombreuses et difficile à anticiper. "L'attentat de Barcelone était la 21e attaque par un véhicule sur le sol d’Europe de l’Ouest", poursuit Gérald Bronner. 

Hugo Micheron définit trois groupes potentiellement menaçants, mais bien distincts. "Il y a d'abord les jihadistes français. Actuellement, ils sont près de 700 entre le Nord de la Syrie et l'Irak et ils sont toujours là-bas. Il y a ensuite environ 650 jihadistes incarcérés en France – cela inclut des revenants, mais aussi des Français arrêtés sur le sol français. Enfin, il y a un troisième 'stock' de jihadistes, qui sont les velléitaires, des sympathisants de la cause de Daesh. Il y avait 450 velléitaires pour partir vers la Syrie et l’Irak en 2014, près de 300 en 2015. Il n’y en a plus maintenant car il n’y a plus de projets, il n’y a plus d’Etat islamique, plus de califat. Ils restent en France malgré eux parce que l’entité territoriale a disparu."

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Hugo Micheron a rencontré 80 "revenants" en détention. Certains ont un discours particulièrement inquiétant, selon lui. "Ce qui est très étonnant, constate-t-il, c’est de voir à quel point les rivalités moyen-orientales, notamment entre al-Qaïda et Daesh, ne se répercutent qu'en partie. Il y a une volonté de dépasser ces rivalités. Beaucoup sont déçus de Daesh en tant qu'organisation mais pas du projet jihadiste. Ils continuent de croire en la cause. Ils restent très dangereux, et ça pose la question de leur 'traitement'", explique-t-il.

"On a des individus qui sont allés sur le terrain et qui n’ont pas trouvé ce qu’ils croyaient, explique Gérald Bronner. Mais quelquefois un démenti ne suffit pas faire abandonner au croyant ses compulsions."

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