Pilotage "défaillant" de la crise du Covid-19 : le rapport de la Commission d'enquête est "juste" et "transparent", juge le député LR Damien Abad

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La Commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du Covid-19 a rendu ses conclusions ce mercredi. Le chef de file des députés LR pointe un manque de prise en compte du risque de la part du gouvernement et la "bureaucratie".

"Un pilotage défaillant", un "désarmement de l'État face à l’émergence d'une telle crise sanitaire" : la Commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du Covid-19 a rendu son rapport. Ces conclusions ont été votées par tous les députés sauf ceux de LREM et du Modem. Damien Abad, président du groupe LR à l'Assemblée nationale, vice-président de la mission d’information sur l'impact, la gestion et les conséquences de l'épidémie de Covid-19 estime que ce texte est "juste, transparent et s'appuie sur des faits établis."

franceinfo : Diriez-vous que ce rapport est "très à charge" pour reprendre les mots de l'exécutif ?

Damien Abad : Non, ce rapport est juste, transparent et s'appuie sur des faits établis. Il n'est pas là pour trouver des coupables mais pour trouver des solutions. Il y a 29 solutions faites par le rapporteur Eric Ciotti et que nous avons portées. Nous pointons des dysfonctionnements, des défaillances et notre objectif est simple, c'est "Plus jamais ça". Plus jamais un tel désarmement sanitaire de la France.

Dans ce rapport, qu'est-ce que qui a failli ?

Sur les masques, nous avons plusieurs problèmes. D'abord, une absence de stocks stratégiques qui remonte à plusieurs années, parce qu'il n'y a pas eu de pilotage politique suffisant et parce qu'il n'y a pas eu de prise en compte d'un risque pandémique suffisamment important, peut-être au détriment d'autres risques comme celui terroriste par exemple. Et puis surtout, ce sont les messages contradictoires qui ont été faits sur les masques.

Dès le 15 avril, l'Allemagne recommandait le port du masque à sa population alors qu'en France, nous avons attendu le 20 juillet. Trois mois de trop qui ont des conséquences sanitaires très importantes.

Damien Abad

à franceinfo

Finalement, ce sont plusieurs choses : trop de lourdeurs administratives, trop de bureaucratie, un risque pénal aussi qui pèse sur les responsables politiques qui fait que souvent on ouvre le parapluie là où il faut prendre des décisions de manières plus rapides. Il y a également la déprogrammation des soins. Enfin, il y a les grands oubliés de cette crise : ce sont les Ehpad (16 000 personnes sont mortes en France dans leurs Ehpad) à cause d'une sous-médicalisation de ces établissements.

Le rapport parle également de l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, alertée dès le mois de janvier par la Direction générale de la Santé alors que le président a enclenché le confinement le 16 mars ?

Le paradoxe dans ce gouvernement, c'est que madame Buzyn a eu une intuition assez précoce, mais cette intuition n'a pas été suivie de faits. Tout ceci a eu des conséquences en chaîne sur les masques : on a dû acheter pour 2 milliards d'euros de masques chirurgicaux en Chine. Sur les tests aussi : on a fait preuve de lenteur dans la possibilité de tester les Français puis ensuite dans les résultats de ces tests. Enfin, il y a eu des dysfonctionnements dans notre système de santé, une faillite collective notamment sur la question des lits de réanimation, de la capacité hospitalière, sur la coopération entre l'hôpital public et privé, sur le recrutement des infirmières... Je pense que tout le monde a une part de responsabilité. Aujourd'hui, il faut une révolution sanitaire et il faut pour cela une nouvelle loi de programmation, sur cinq ans, qui donne plus de pouvoirs aux directeurs d'établissements et qui permette de transformer les ARS en Agence départementales de santé, sous l'autorité des préfets et au plus près des établissements hospitaliers. Il faut donner les moyens aux hôpitaux publics et privés.

Est-ce que les conclusions de ce rapport peuvent nourrir les 96 plaintes contre des ministres adressées à la cour de justice de la République, est-ce que ça ne va pas donner des arguments aux plaignants ?

Ce n'est pas notre objectif. Nous l'avons dit. Nous ne voulons être ni un tribunal populaire, ni un tribunal judiciaire. Ce n'est pas notre rôle. Ce qui nous intéresse, c'est la responsabilité politique et surtout de savoir comment on s'en sort et comment on fait pour qu'à l'avenir la France soit mieux armée.

Nous ne sommes pas à l'abri d'une troisième vague, nous pouvons également avoir d'autres risques pandémiques dans l'avenir.

Damien Abad

à franceinfo

Donc notre seul objectif politique c'est celui-là : faire des propositions pour que la France soit plus efficace à l'avenir.

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