Eva Sadoun : "Nous avons créé une application pour que les citoyens dirigent leur épargne vers des produits qui vont dans le sens de la transition sociale et écologique"

Eva Sadoun, co-présidente du Mouvement Impact France et co-fondatrice de Lita.co, était l’invitée de Stéphane Dépinoy dans « :l’éco ».

Eva Sadoun, co-présidente du Mouvement Impact France et co-fondatrice de Lita.co, était l’invitée de Stéphane Dépinoy dans ":l’éco". À quelques heures d’un probable reconfinement, quelle en est l’avis du Mouvement Impact France, qui réunit des entrepreneurs sociaux ? Sa présidente Eva Sadoun répond : "Ce qui pose problème avec un reconfinement, c’est le manque de visibilité que l’on a sur l’avenir. Lorsque l’on construit des PME en transition, on a besoin de savoir à quelle sauce on va être mangé. Le confinement crée une fracture sociale, territoriale, et les entreprises ont besoin de visibilité sur l’avenir. Nous nous occupons des plus précaires donc il y a chez nous l’envie de les protéger, mais nous avons aussi envie de réalisme. Il faut que cette période n’affecte pas trop la psychologie, notamment des jeunes qui représentent le fer de lance de l’avenir, mais également des salariés."

"Le reconfinement va créer une fracture sociale et territoriale"

Concernant le plan de relance, en train d’être discuté à l’Assemblée nationale, le Mouvement Impact France tente de modifier son orientation afin de le verdir. Dans un premier temps, le mouvement milite pour que les engagements pris en faveur de l’environnement soient plus transparents : "Le gouvernement présente son plan de relance comme vert. Certains disent même que c’est le plan de relance le plus vert au monde... Mais on ne peut pas faire de plan de relance vert si l’on n’a pas d’indicateurs. Aujourd’hui, on ne peut pas financer une entreprise et connaître réellement son impact social et écologique. C’est pourquoi le Mouvement Impact France a développé l’Impact Score. Cet indicateur permettrait notamment de déterminer si le plan de relance est dirigé vers celles qui auront le meilleur score social et écologique ou non. Nous considérons que la reconstruction écologique et sociale est capable de pourvoir de nouveaux emplois et est capable de redresser économiquement le pays » déclare Eva Sadoun. Elle considère le plan de relance comme "pas assez ambitieux" : "Il y a des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) mais on a peu de visibilité sur eux. Seront-ils obligatoires ? Les entreprises qui ne les respectent pas verront-elles un retrait de leurs financements ? Il faut être plus ambitieux sur ces critères pour qu’il y ait une vraie relance." Mais n’y a-t-il pas de contradiction apparente entre verdir et sauver des emplois ? "Si une entreprise comme Air France partageait mieux sa valeur, les licenciements seraient beaucoup moins contestés et moins importants. Lorsque l’on voit que le dirigeant d’Air France a reçu un bonus mirobolant en plein milieu de la crise, cela pose question aux salariés, et cela crée une crise sociale. Nous voulons que le cœur des entreprises devienne la mission sociale et écologique."

Également fondatrice de Lita.co, plateforme de financement engagée sur les sujets sociaux et environnementaux qui est sur le point de lancer un "Yuka de la finance", qui vise à ce que chacun sache où va l’argent de son investissement : "En France, il y a 5000 milliards d’encours d’épargne, bien au-delà des 100 milliards du plan de relance. Comment cette épargne peut participer à la reconstruction sociale et écologique ? Avec Lita.co, nous connectons les particuliers à des projets d’écologie réelle. L’application permettra aux gens d’avoir une réelle vision sur l’impact de leur livret, de leur assurance vie et de pouvoir diriger leur produit d’épargne vers des produits qui rentrent vraiment dans le sens de la transition sociale et écologique. Il y aura donc un outil de scan, mais pas seulement. Avec l’application, chacun pourra obtenir le scénario température de son épargne, son impact carbone, et pourront savoir aussi dans quelle zone géographique est leur épargne" explique Eva Sadoun, qui déplore un "manque d’informations" sur les notions économiques et financière qui fait que le citoyen a "peu de chance de participer au débat public sur ces questions-là" : "On aimerait que tous les citoyens puissent parler du projet de loi de finance. Rift permettra aux citoyens de s’imprégner de ces sujets". Elle demande également une plus grande transparence : "Hier on a vu un dirigeant d’une grande banque (Laurent Mignon, président du directoire du Groupe Banque Populaire – Caisse d’Epargne) critiquer le rapport d’OXFAM sur les investissements polluants des banques, en disant que les données sont pas bonnes. Mais cela est dû aux informations qu’ils transmettent. Le secteur bancaire a besoin d’être plus transparent, pour que l’on obtienne davantage d’informations demain."

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