Lionel Fontagné (économiste) : "Il ne faut pas chercher à relocaliser, il y a de nombreuses possibilités de localisations de nouvelles activités en France et en Europe"

Lionel Fontagné, économiste et auteur de "La fiche de paie et le caddie" était l'invité de Jean-Paul Chapel dans la matinale de France Info. 

Lionel Fontagné est économiste à l'Ecole d'économie de Paris. Dans son ouvrage "La Fiche de paie et le caddie", publié aux éditions SciencesPo, il se concentre sur les gagnants et les perdants de la mondialisation. Il explique que l'on retient plus facilement les perdants car "les pertes sont localisées et qu'il est possible de caractériser très précisément les perdants alors que les gains sont beaucoup plus diffus". Tandis que la crise sanitaire a montré notre dépendance vis-à-vis de l'étranger, Lionel Fontagné tempère : "Il y a cette dépendance mais la mondialisation est aussi une forme de solution quand, par exemple, nous importons des millions de masques de Chine." Les relocalisation sont-elles la solution ? "Je ne pense pas que relocaliser soit un voeu pieux. Il est probablement vain de relocaliser ce qui est parti car si on relocalisait certaines activités, au mieux, elles seraient robotisées." Ce qui ne signifie pas de ne rien faire : "Il faut localiser de nouvelles activités sur les batteries, l'hydrogène, les médicaments de demain ou encore les composants électroniques. Il y a d'énormes possibilités de localisations en France et en Europe.

Lionel Fontagné considère que "les premiers gagnants de la mondialisation sont les consommateurs". En comparant dans le caddie, les produits importés et les produits équivalents fabriqués en France, "ce sont environ 1 200 euros qui sont gagnés par chaque ménage sur une année". L'économiste détaille : "En moyenne, les prix des produits importés sont 2 à 3 fois moins chers que les produits équivalents fabriqués en France, hors marges des distributeurs." Concernant les perdants, Lionel Fontagné explique que "les pertes d'emplois sont inférieures aux créations d'emplois" mais que "la situation est très sévère pour les concernés". Les pertes d'emplois sont "très ciblées géographiquement : dans des territoires et des bassins d'emplois particuliers. Les inégalités territoriales sont au coeur des conséquences de la mondialisation". 

Selon l'économiste, la mondialisation ne recule pas, elle change de visage. "Il y a de plus en plus d'échanges de services alors que le commerce de biens plafonne depuis la crise financière de 2008." Autre phénomène observé : le télétravail. "On peut s'attendre à des délocalisations dans les services après la crise sanitaire car les entreprises ont pris l'habitude de travailler de cette manière." Pour autant, Lionel Fontagné n'est pas inquiet. "La mondialisation est une forme de progrès technique. A chaque fois, elle fait des perdants et des gagnants : les gagnants gagnent en moyenne plus que les perdants, c'est pourquoi, il faut s'occuper correctement des perdants."

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