Eric Berr (membre des Economistes Atterrés) : "Le débat sur la dette publique occulte celui sur la fiscalité"

Jean-Paul Chapel reçoit Eric Berr, membre des Economistes Atterrés et coauteur du livre "La Dette publique", dans la matinale de France Info. 

120 % de la richesse nationale, 2 600 milliards d'euros, 30 000 euros par enfant,... Les chiffres de la dette publique sont au coeur de nombreux débats économiques. "On essaie de faire volontairement peur avec cette dette. Effectivement, ces chiffres sont importants mais c'est une vision très biaisée de la dette que l'on voit uniquement comme un coût, explique Eric Berr. Mais face à ce coût, il y a des réalisations." En résumé, il y a ce que l'on doit et ce que l'on possède : "Toutes les infrastructures : routes, hôpitaux, écoles,... Et si l'on fait la différence, chaque enfant ne naît pas avec une dette de 30 000 euros mais avec un patrimoine culturel de 4 500 euros environ."

Membre des Economistes Atterrés, il tient pour responsables de cette vision biaisée de la dette "ceux que l'on regroupe sous le nom d'économistes néo-libéraux qui, en présentant la dette uniquement comme un coût, justifient les politiques d'austérité et le fait de se serrer la ceinture". Eric Berr estime qu'il n'est pas souhaitable, en période de crise, de mettre en place des mesures d'austérité. "Quand vous avez l'activité privée qui s'effondre, s'il n'y a personne pour prendre le relais c'est-à-dire l'Etat, l'activité s'effondrera encore plus."

Argument avancé pour ne pas s'inquiéter du montant de la dette : la durée de vie infinie de l'Etat. "Il peut faire rouler sa dette. Cela signifie que quand une dette arrive à échéance, l'Etat peut la rembourser en empruntant à nouveau." Actuellement, avec des taux d'intérêt très faibles voire négatifs, "l'Etat gagne de l'argent à s'endetter". La dette publique a augmenté d'environ 1 000 milliards d'euros en dix ans mais sa charge a diminué. Eric Berr détaille : "On a économisé entre 14 et 15 milliards d'euros sur ce que l'on rembourse chaque année au titre de la dette. Et cette tendance devrait continuer. La charge de la dette représente 1,5 % du PIB en France et la Commission européenne prévoit que l'on sera à 0,7 % en 2030."

Le débat sur l'annulation ou non de la dette publique n'est donc pas le bon selon Eric Berr. "Aujourd'hui, nous n'avons pas besoin de l'annuler surtout lorsque l'on a une banque centrale qui aide les Etats. Ces derniers peuvent également s'endetter jusqu'à trente ans avec des taux très faibles. Ce n'est donc pas le sujet principal et cela en occulte un autre qui est celui de la fiscalité."

Enfin, la dette des ménages et des entreprises est plus inquiétante que la dette de l'Etat. "Rappelons-nous que la crise financière de 2008 est une crise de la dette privée qui s'est ensuite transformée en crise de la dette souveraine. Elle représente 150 % du PIB, bien supérieure à celle de l'Etat et avec des personnes qui ne peuvent pas faire rouler cette dette."

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