À la rencontre des robots à la Cité des sciences

A la rencontre des robots, à la cité des sciences (Paris) mai 2015.
A la rencontre des robots, à la cité des sciences (Paris) mai 2015. (VALENTINE PASQUENOONE / FRANCE 2)

Une fois par mois, la Cité des sciences et de l’industrie organise un Samedi Robots, un après-midi consacré à la découverte et à la programmation de robots par le public. Un rendez-vous d’experts ? Pas seulement. L’initiative vise aussi à définir et mieux comprendre ces machines, et le rôle que nous souhaitons leur donner. Reportage.

L'Angle éco se pose la question le lundi 8 juin : "Les robots vont-ils nous voler nos boulots ?" Autre façon de poser la question : doit-on avoir peur des robots ? Pour les apprivoiser, un samedi par mois, une rencontre du 3e type a lieu à la Cité des sciences, à Paris.

Il est 14 heures, samedi 16 mai. Dans le Carrefour numérique de la Cité des sciences, deux espaces cohabitent. D’un côté, le Fab Lab, grand atelier partagé où experts et novices travaillent à la fabrication numérique. En face, le Living Lab, un espace dédié à l’éducation et l’apprentissage des innovations – notamment robotiques. Le public n’est pas encore là, mais un petit Nao, le robot humanoïde de compagnie, l’attend déjà.

14h30 : les visiteurs s’installent autour de lui. Bienvenue au Samedi Robots. Pendant quatre heures, ils apprendront à le programmer, ils le verront parler, marcher et danser. Mais surtout, ils réfléchiront au rôle que ce petit robot – et ses acolytes – joueront dans la société de demain. Car aujourd’hui, le Samedi Robots accueille plus de novices que de développeurs ayant déjà un pied dans la robotique. Une première pour l’initiative.

Chacun se présente. De passage à la Cité des sciences, Christian Leroux, 69 ans, est venu avec son petit-fils, Mathieu. Cet ancien agent technique, qui a vu son père “fabriquer un téléviseur de ses mains”, s’intéresse de près à l’évolution des technologies. À côté de Nao (et de son petit-fils impressionné), le retraité s’interroge. “On se demande à quelle vitesse tout cela va aller maintenant !” Les robots sont pour lui un progrès, mais il ne cache pas une petite inquiétude. “C'est comme les armes, on en fait ce qu’on veut !”, lâche-t-il devant le groupe. Un autre visiteur, en se présentant, se demande lui aussi jusqu’où les hommes iront dans l’utilisation des robots.

“La seule limite, c’est celle que vous leur donnez !” répond Alexandra Vallaude, stagiaire au Carrefour numérique. La jeune femme le reconnaît volontiers, elle aussi s’est posé ces questions en découvrant la robotique. Quels risques face au développement des robots ? Jusqu’où irons-nous dans leur utilisation ? Autant de questions éthiques qui l’ont poussé à lancer et animer les Cafés Robots, nouveau rendez-vous des Samedis Robots. L’objectif ? Pendant quarante-cinq minutes, comprendre ce qu’est vraiment un robot, et discuter de leur place dans notre quotidien présent et futur.

Alexandra Vallaude explique au public comment fonctionne Poppy et répond aux questions des enfants. Cité des sciences (Paris), mai 2015.
Alexandra Vallaude explique au public comment fonctionne Poppy et répond aux questions des enfants. Cité des sciences (Paris), mai 2015. (VALENTINE PASQUENOONE / FRANCE 2)

Aux commandes des robots   

Mais avant le débat autour d’un café, place à la programmation. Alexandra Vallaude et Rachid Sahri, les deux animateurs du Samedi Robots, vont faire découvrir au public Nao et Poppy, un robot humanoïde open source. La jeune animatrice emmène le groupe vers le Fab Lab, où des développeurs travaillent assidûment sur sa plateforme. Christian Leroux et son petit-fils suivent le groupe, tout comme Janine Hofmann, 75 ans, elle aussi venue avec son petit-fils, Ludovic. Au total, une dizaine de personnes entourent Poppy, curieux d’en savoir plus.

Alors que le robot commence à bouger, Christian Leroux s’interroge sur les différences d’utilisation entre Nao et Poppy. “Nao est un robot d’accompagnement, Poppy est plus pédagogique”, lui répond Alexandra Vallaude. Le robot open source, fabriqué à partir de composants imprimés en 3D, peut être assemblé par des novices comme par des professionnels. Capable d’apprendre par lui-même, il vise à être utilisé à des fins éducatives, dans des écoles ou lycées, ou pour étudier l’apprentissage de la marche.

“C’est un humain ?” demande le petit Melchior. “C’est plutôt un robot avec un cerveau”, sourit l’animatrice. “À toi de lui donner les informations pour qu’il les mette en application.” Alexandra Vallaude dirige Melchior et le reste du groupe vers les développeurs qui se cachent derrière le robot. C’est là que, discrètement, ils font bouger, marcher Poppy, ou l'aident à “apprendre”. Car les 25 moteurs du robot lui offrent une grande variété de mouvements. Pendant que l’animatrice décrit l’interface de Poppy, enfants et adultes observent avec attention cette machine intelligente, accessible à tous.

Ensuite, retour du côté de Nao. Rachid Sahri commence les démonstrations. Depuis son ordinateur, il fait se lever et danser le petit robot humanoïde, sous les yeux ébahis des enfants. Mathieu et Ludovic, les petits-fils de Christian Leroux et Janine Hofmann, profitent du spectacle en souriant. Observant de plus loin, Guy de Montais, 77 ans, n’est pas moins curieux. Le grand-père du petit Melchior a découvert les robots lors d’un voyage au Japon. “Il y a quarante ans, on voyait déjà des robots là-bas !” se souvient-il, amusé.

Au tour de Ludovic, 10 ans, de prendre les commandes du robot. Le système est simple : l’interface de Nao est une bibliothèque comprenant près de 50 “boîtes de comportements”, à connecter entre elles par un fil virtuel pour que le petit humanoïde reproduise ces mouvements. Ludovic apprend vite. En deux temps trois mouvements, le scientifique en herbe parvient à faire parler et avancer Nao, à le faire danser, s’asseoir et dire “au revoir”. “Magnifique !” lance sa grand-mère Janine, ravie.

Venue de Suisse, Janine Hofmann s’intéresse de près aux évolutions de la robotique. “Je trouve ça fantastique, mais je me demande jusqu’où nous irons, s’interroge-t-elle. On a tendance à tout remplacer par l’électronique. C’est très bien de créer des robots pour les personnes âgées, par exemple. Mais le contact humain, la chaleur humaine, n’est-ce pas important ?”

Janine Hofmann regarde le petit robot Nao danser, pendant que son petit-fils le programme sur ordinateur. Cité des sciences (Paris), mai 2015.
Janine Hofmann regarde le petit robot Nao danser, pendant que son petit-fils le programme sur ordinateur. Cité des sciences (Paris), mai 2015. (VALENTINE PASQUENOONE / FRANCE 2)

Quels robots pour demain ?

Si des visiteurs comme Janine Hofmann et Christian Leroux s’interrogent autant, c’est que l’avenir des robots − et notre futur avec eux − reste incertain. D’où l’intérêt, pour Alexandra Vallaude et les visiteurs, d’en parler. 16 heures : le Café Robots commence. Quelques personnes s’installent autour d’une table à l’extérieur du Living Lab. Alexandra apporte le café et lance la conversation. Alors, c’est quoi un robot ?

Cédric Pujol prend la parole. “Pour moi, ce sont des systèmes mécaniques pilotés par l’homme, et qui servent à suppléer l’homme dans des tâches difficiles, ingrates. Mais il y a toujours l’intelligence de l’homme derrière ces machines.” Alexandra Vallaude prend note pendant que le tour de table continue. Christophe Viel poursuit. Il n’est pas ici par hasard : le jeune homme écrit une thèse sur les drones. “J’ai envie de construire des robots depuis l’âge de 5 ans”, explique-t-il. Et comment les définit-il ? “C’est un système mécanique, mobile, autonome. Qui pourra, un jour, se substituer à l’homme pour les travaux pénibles.”

La discussion se poursuit autour de ce qui fait un robot. Sa composition ? Le contexte de son utilisation ? Que veut dire "robot", d’ailleurs ? “Travailleur”, répond Christophe Viel. Le mot vient d’Europe de l’Est : il a été utilisé pour la première fois dans la pièce de théâtre Rossum’s Universal Robot, de l’écrivain tchèque Karel Čapek. À l’époque, “robot” se rapproche des mots “travail”, “corvée” et “esclave”. Le groupe évoque aussi les lois d’Asimov, trois lois de la robotique édictées dès 1942 par l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov. Dans ses livres, les robots devaient ainsi obéir à l’homme, ne jamais lui faire de mal ni l’exposer à un danger.  

Mathieu et Ludovic, venus avec leurs grands-parents, observent avec attention le robot Nao en train de bouger. Cité des sciences (Paris), mai 2015.
Mathieu et Ludovic, venus avec leurs grands-parents, observent avec attention le robot Nao en train de bouger. Cité des sciences (Paris), mai 2015. (VALENTINE PASQUENOONE / FRANCE 2)

Cédric Pujol réagit et s’interroge sur les résonances actuelles de ces lois. “Tout est réalisable dans la technique. À quel moment fixe-t-on des limites ?” Ce dernier s’inquiète notamment de l’usage des drones. Que se passe-t-il quand un drone s’écrase sur une maison, ou heurte quelqu’un ? “Du point de vue du droit, je ne suis pas sûr que tout soit bien établi”, poursuit-il.

Au bout d’une heure, le débat prend fin. Les questions restent ouvertes, mais elles ont au moins été posées. Ces discussions sont désormais au cœur du projet "Samedi Robots”, dont l’objectif est d’impliquer davantage le public dans les innovations. “Nous ne sommes pas là pour faire de la technologie pour la technologie”, explique Laurence Battais, responsable du Living Lab. Avec ses Samedis Robots, le Lab compte faire se rencontrer des personnes s’intéressant, de près ou de loin, à la robotique. Et décloisonner le débat, pour que le public se pose aussi la question de l’usage des robots. “Notre rôle, c’est aussi ça”, conclut Laurence Battais.

 

 
Vous êtes à nouveau en ligne