VIDEO. Complément d'enquête. Achat de votes présumé : le "système Dassault" décrit de l'intérieur

Au cœur du système d'achat de votes présumé à Corbeil-Essonnes, qui a valu à Serge Dassault une mise en examen en 2014, un témoin clé s'exprime pour la première fois à la télévision. Extrait d'un document de "Complément d'enquête" à voir le 3 mars 2016.

L'industriel et sénateur UMP Serge Dassault a été mis en examen en avril 2014 pour achat de votes présumé lors des scrutins municipaux à Corbeil-Essonnes en 2008 (pour lequel les poursuites viennent d'être prescrites), 2009 et 2010. Mamadou, enfant des Tarterêts et témoin clé dans le dossier d'instruction, est le seul à décrire ce système de l'intérieur. Voici son premier témoignage télévisé, recueilli par "Complément d'enquête".

Un listing d'électeurs à contacter

"La mairie nous a fourni le listing de toutes les personnes inscrites sur les listes électorales. Celles que l'on connaissait, on les contactait par téléphone – on trouvait leur numéro par des gens du quartier. A trois, on a dû approcher facile une centaine de personnes", explique Mamadou. 

"Votez Dassault, il va vous faire passer le permis"

Quels étaient les arguments à leur disposition pour convaincre leurs interlocuteurs de voter Dassault ? "Votez Dassault, il va vous faire passer le permis, il va vous payer une formation, vous allez trouver du travail... D'autres, c'était pour obtenir un logement plus grand qu'ils attendaient depuis plus de deux ans..." "Ça ne vous gênait pas de faire ça ?" interroge la journaliste. "Ben non, c'est marrant, répond le jeune homme. C'était comme un défi."

Jusqu'à 1,2 million d'euros de rémunération

Selon ses dires, Mamadou était chargé du bureau 20. Serge Dassault et son suppléant, Jean-Pierre Bechter, y ont enregistré jusqu'à 66% des voix. Peu après les élections, la récompense tombe. "La première fois, il y a eu 60 000 euros. C'était beaucoup d'argent gagné vite et facilement. La fois d'après, il y a eu 450 000 euros. La fois d'après, il y a eu 1,2 million."

"Il est bourré d'argent, il s'en fout"

Le jeune homme explique avoir reçu de Serge Dassault en personne, aux Pinsons (sa résidence à Corbeil), le numéro de son avocat au Liban. Suivant les instructions reçues, Mamadou va ensuite, seul, ouvrir un compte à Beyrouth. A son hôtel, un intermédiaire lui remet quatre enveloppes, contenant chacune un chèque de 300 000 euros. Comment expliquer une somme pareille ? Réponse : "Il est bourré d'argent, il s'en fout. Moi, j'explique ça comme ça..."

Extrait de "Complément d'enquête. Dassault : un univers impitoyable", à voir le 3 mars 2016.

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