"Complément d'enquête". Grandes surfaces : main basse sur le bio !

C’est un marché qui a doublé en cinq ans : en 2020 en France, le bio a rapporté 13,2 milliards d’euros. Neuf consommateurs sur dix déclarent manger de temps en temps des produits marqués du fameux label "Agriculture biologique". Mais pour alimenter les rayons des hypermarchés, il faut désormais produire en quantité industrielle, quitte à parfois perdre de vue les valeurs originelles du bio. Qui sont les grands gagnants de ce nouveau marché très lucratif ? Productions hors saison, nature exploitée, éleveurs pressurisés, marges exorbitantes : "Complément d’enquête" explore la face cachée du bio business et ses dérives. 

C’est un marché qui a doublé en cinq ans : en 2020 en France, le bio a rapporté 13,2 milliards d’euros. Neuf consommateurs sur dix déclarent manger de temps en temps des produits marqués du fameux label "AB" pour "Agriculture biologique". Elle semble bien loin, l’image d’Epinal du petit producteur qui bichonne ses légumes bio avant de les vendre au kilo au marché du coin. Pour remplir l’assiette de tous ces Français, il faut désormais produire en quantité industrielle et alimenter les immenses rayons des hypermarchés, quitte à parfois perdre de vue les valeurs originelles du bio.

Exploitation intensive

Productions hors saison, nature exploitée, éleveurs pressurisés, marges exorbitantes : "Complément d’enquête" explore la face cachée du bio business et ses dérives.

En Allemagne, dans des fermes géantes, des dizaines de milliers de poules pondent dans de petits nids en plastique sans paille. Leurs œufs sont ensuite acheminés par un tapis roulant long de 300 mètres jusqu’à l’entrepôt où ils seront triés et calibrés par une machine. A Almeria, au sud de l'Espagne, les tomates sont produites à perte de vue, été comme hiver, dans des serres recouvertes de plastique. Certains ouvriers agricoles y sont sous-payés et vivent dans des bidonvilles. Le paysage est défiguré, les nappes phréatiques asséchées par cette exploitation intensive.

Course aux profits

Tous ces produits sont pourtant garantis 100% bio et destinés aux grandes surfaces partout en Europe, où la course au bio serait surtout devenue une course aux profits ! Profitant de l’engouement des consommateurs, la grande distribution appliquerait en effet des marges en moyenne 75% plus élevées dans le bio que dans le conventionnel, selon une étude de l'UFC-Que Choisir. Même dans des enseignes spécialisées, pionnières du bio, des éleveurs affirment désormais travailler pour à peine 500 euros par mois. Des transformateurs s’inquiètent de la guerre des prix initiée, selon eux, par de nouveaux acheteurs, venus des grandes surfaces traditionnelles.

Qui sont les grands gagnants de ce nouveau marché très lucratif ? L’esprit du bio a t-il déserté les rayons de nos supermarchés ?

Une enquête d'Olivier de Vellis et Clémentine Mazoyer avec STP Productions.

Invité : Olivier Nasles, président du Comité national de l’agriculture biologique.

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Parmi nos sources

-  Pour les chiffres clés du marché bio : Agence Bio, plateforme officielle pour structurer le bio en France.  

-  Pour la taille des élevages de poules pondeuses bio : Synalaf, syndicat national des labels avicoles de France.

-  Le Synalaf a alerté à plusieurs reprises des risques de surproduction d’œufs bio, et a comptabilisé le nombre de poules pondeuses dans les exploitations.

-  Le rapport de l’ONU sur la désalinisation.  

Liste non exhaustive.

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