VIDEOS. Livreurs, modérateurs... Six séquences à retenir de "Cash Investigation" sur les petites mains des géants du numérique

Un livreur travaillant pour l\'application de livraison de repas Uber Eats à Toulon (Var), le 21 juillet 2019. 
Un livreur travaillant pour l'application de livraison de repas Uber Eats à Toulon (Var), le 21 juillet 2019.  (FRANCK BESSIERE / HANS LUCAS / AFP)

Livreurs d'Uber Eats et de Deliveroo, travailleurs de l'ombre de l'intelligence artificielle... Dans son dernier numéro, diffusé mardi soir sur France 2, "Cash Investigation" enquête sur les difficiles conditions de travail des employés de grosses sociétés du secteur du numérique.

Plusieurs mois d'enquête, en France et aux Etats-Unis, pour révéler l'envers du décors de l'économie numérique. Livreurs d'Uber Eats et de Deliveroo, "petites mains" de l'intelligence artificielle... Dans "Au secours, mon patron est un algorithme", l'équipe de "Cash Investigation" part à la rencontre de celles et ceux qui travaillent pour les grands noms du numérique. Des travailleurs précaires, sous-payés et très souvent sans protection sociale, faute d'un contrat de travail et d'un statut de salarié. 

Voici six séquences à retenir de cette enquête, diffusée mardi 24 septembre sur France 2. 

>> REPLAY. Revoir l'émission "Cash Investigation" : "Au secours, mon patron est un algorithme !"

Quand Deliveroo repère ses livreurs en grève

Grâce à une source au sein de Deliveroo, l'équipe de "Cash Investigation" a mis la main sur quelque 6 000 pages d'e-mails internes rédigés par des responsables. Ces derniers évoquent l'identification de livreurs ayant manifesté pour dénoncer leurs conditions de travail, grâce au "monitoring rider location", le système de géolocalisation de Deliveroo. 

Ces échanges révèlent aussi que plusieurs recherches ont été réalisées sur ces livreurs grévistes... dans le but de trouver un moyen de leur reprocher des fautes. Par exemple, leur taux de courses refusées. La société ne semble pas apprécier que certains de ses livreurs se mobilisent. 

La réponse à demi-mot de Deliveroo 

Que répond l'application de livraison de repas ? Interrogé par Elise Lucet, Louis Lepioufle, responsable des relations institutionnelles et communication corporate au sein de la société, nie à plusieurs reprises avoir eu connaissance de ces échanges par mail. "Nous n'identifions pas les grévistes, et si c'est avéré, nous condamnerons ces pratiques", assure-t-il, gêné par la question. 

Dans un e-mail envoyé après cet entretien à l'équipe de "Cash Investigation", Louis Lepioufle revoit sa réponse. Il assure que la manifestation de livreurs a donné lieu à des violences, et que l'entrée de la société a été endommagée. Pour aider la police, Deliveroo a donc cherché à identifier des grévistes qui auraient pu commettre des vols ou des dommages. 

Des bonus, même les soirs de tempête

Comme de nombreux livreurs de repas, Antoine, que l'équipe de "Cash Investigation" a rencontré, gagne des bonus quand il réalise davantage de courses sur un temps limité pour l'application Uber Eats. Et ce, parfois au prix de sa sécurité. A Bordeaux (Gironde), le jeune homme a ainsi travaillé le soir du passage de la tempête Gabriel, en début d'année.

"Uber nous mettait un bonus pour nous forcer à aller travailler", assure le livreur. "J'ai gagné 130 euros de la soirée, mais j'ai failli me prendre six voitures sur la route. C'était beaucoup trop dangereux." Selon Antoine, le GPS de l'application est également calibré pour des voitures, et non pour des vélos. Pour une course, ce dernier s'est ainsi retrouvé sur une voie rapide, en ne suivant que les instructions de ce GPS. 

Frank, mort à 19 ans pendant une livraison

Le métier de livreur, comme témoigne Antoine, s'avère parfois très dangereux. Au mois de janvier, Frank Page est mort lors d'une livraison de repas pour l'application Uber Eats. Il a été fauché par un poids lourd dans la région de Bordeaux (Gironde). Le livreur n'avait que 19 ans. 

Au lendemain de ses funérailles, l'équipe de "Cash Investigation" est allée à la rencontre des proches du jeune homme. "On est quand même sur la voie publique. Franck a-t-il suivi une quelconque formation ? Je ne le pense pas. Vous venez, on vous donne un vélo et puis allez-y…", dénoncent-ils. 

La précarité derrière l'intelligence artificielle

Vous pensez qu'en matière d'intelligence artificielle, seule la machine travaille ? Détrompez-vous. Derrière Figure Eight, une société d'intelligence artificielle basée à San Francisco (Etats-Unis), se cachent quelque 100 000 personnes qui, chaque jour, réalisent des petites tâches sur le site – souvent pour quelques centimes. 

C'est le cas de Dawn Carbone, une mère célibataire de trois enfants vivant dans l'Etat du Maine, dans le nord-est des Etats-Unis. En trois ans, l'Américaine a réalisé plus de 6 000 missions pour Figure Eight. "Dans les très bons jours, je gagne cinq dollars de l'heure, mais il y a des jours où c'est plutôt dix cents de l'heure", relate-t-elle. En moyenne, la quadragénaire touche 250 dollars (227 euros) par mois sur Figure Eight, alors qu'elle travaille à temps plein pour le site.

Modérer Facebook, un travail qui reste secret

Qui sont les personnes qui modèrent les contenus offensants sur Facebook ? L'équipe de "Cash Investigation" a cherché à en savoir plus. L'un de ses journalistes a répondu à une offre d'emploi proposant de modérer des contenus pour le marché français, depuis le Portugal. Il travaillera pour un sous-traitant de Facebook.

"Vous ne pouvez pas dire que vous travaillez pour Facebook. C'est interdit et complètement confidentiel", lui explique une responsable des ressources humaines, lors d'une réunion d'information avec d'autres candidats. Et ces futurs modérateurs, payés 800 euros brut par mois pour nettoyer le réseau social, risquent d'être attaqués en justice s'ils ne respectent pas cette clause de confidentialité.

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