VIDEO. "Je vais me lever et être cette voix" : quand Nina Simone décidait de mettre son énergie dans la défense des droits civiques

Le rêve de la chanteuse et compositrice américaine était de devenir la première femme noire pianiste classique. Le racisme lui a barré la route, et toute sa vie, elle s'est battue pour l’égalité des droits aux Etats-Unis… Extrait du magazine "20h30 le samedi" diffusé le 6 juin 2020, juste après le journal de France 2.

Eunice Kathleen Waymon est devenue en 1954 Nina Simone : "Nina, parce que son petit copain latino l’appelait Niña [petite fille en espagnol] et Simone pour l’actrice Simone Signoret [vue dans le film Casque d’or, de Jacques Becker]. C’est comme ça que Nina Simone est née", explique sa fille et chanteuse Lisa Simone au magazine "20h30 le samedi" (replay). Et puis l’artiste continue de vivre tant bien que mal de son talent de pianiste et de chanteuse dans des bars improbables et un pays en pleine ségrégation raciale.

Au cours des années 1960, la lutte des Afro-Américains pour les droits civiques se fait de plus en plus forte. Nina a trouvé son combat. "Elle s’est dit qu’elle allait utiliser la scène pour quelque chose qui a du sens : 'Je n’ai pas pu vivre mon rêve [celui de devenir la première femme noire pianiste classique] et je me suis un peu perdue pendant un moment, mais maintenant j’ai trouvé autre chose dans lequel mettre mon énergie. Je vais me lever et être cette voix'..." précise sa fille.

"Je sais ce que cela fait de se sentir libre"

"Ce désir de musique classique ne l’a jamais quittée et c’est pour ça que dans tout ce qu’elle joue, on retrouve cette influence", rappelle Hannah Ferguson, une ancienne camarade de classe. Alors, quand elle est au piano, son public n’a qu’à bien se tenir. Comme dans ce moment où l’artiste demande sans ménagement de s’asseoir à un spectateur un peu trop remuant dans la salle. Et l’artiste engagée contre la discrimination raciale, dont elle a été une victime, aura sa revanche sur le classique à la toute fin de sa vie.

"Elle reçoit une enveloppe avec sur l’enveloppe un en-tête du Curtis Institute of Music, ce qui la renvoie à des choses très anciennes. Elle apprend ainsi qu’elle est faite docteur honoris causa. C’est un geste qui veut dire : 'On regrette'..." explique Florence Noiville, coauteure avec Mathilde Hirsch du livre Nina Simone. Love me or Leave me (éd. Tallandier). L'ex-enfant prodige, qui n’y avait pas été acceptée parce que noire, se battra toute sa vie pour l’égalité des droits : "J’ai découvert ce que cela faisait de ne plus être enchaînée à rien / A aucune race, à aucune foi, à personne, à aucun espoir / Je sais ce que cela fait de se sentir libre", chante au Festival de Montreux (1976) la musicienne qui meurt en 2003, à Carry-le-Rouet (Bouches-du Rhône), à l’âge de 70 ans.

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