VIDEO. La transparence des lobbies: en apparence seulement?

Depuis le 1er juillet 2017, les lobbies doivent déclarer leurs actions en ligne pour plus de transparence. Un an après, combien les lobbies déclarent-ils dépenser pour faire valoir leurs intérêts? Quelles lois cherchent-ils à influencer? La transparence est-elle au rendez-vous? L'oeil du 20h a enquêté.

Rencontres discrètes, amendements fournis clés en main, les lobbies agissent dans l’ombre... enfin, ça c’était avant! Depuis un an, la loi les oblige à déclarer toutes leurs activités dans le répertoire des représentants d'intérêts! Le monde du lobbying est-il vraiment devenu transparent? Nous avons passé au crible ce registre: 1600 entreprises, associations ou encore syndicats patronaux ont déclaré avoir mené plus de 5000 actions de lobbying entre juillet et décembre 2017.

La compagnie européenne d'intelligence stratégique (CEIS), un cabinet de conseil en stratégie, est l’un de ceux qui déclarent avoir dépensé le plus: entre 1 250 000 euros et 1 500 000 euros. Et pour cause, son patron, Olivier Darrason, un ancien député, organise notamment l’université d’été de la Défense, un grand raout auquel participent industriels, militaires et parlementaires, un évènement très coûteux. “Ce montant comprend les salaires des personnes qui l'organisent et le fait d’avoir 500 personnes pendant deux jours”, précise Olivier Darrason, sans donner le budget précis.

Dans le détail:

L’objectif de toutes ces opérations est de peser sur la loi. En 2017, le Medef, a dépensé entre 500 000 et 600 000 euros, pour 72 actions de lobbying comme par exemple "influencer la loi sur la suppression de l’ISF". Quel montant a été dépensé pour chaque action? Le document ne le dit pas.

Les jeunes agriculteurs du Cher, eux, ont dépensé moins de 10 000 euros en six mois et ont réalisé cinq actions, notamment pour “modifier la décision du gouvernement sur le glyphosate”.

Pas de nom, pas de date

Mais qui les lobbies ont-ils rencontré précisément et quand? Peu de noms et peu de dates apparaissent. Et c'est un problème selon l'association Transparency international, d’autant que ces fiches sont publiées plusieurs mois après que ces actions ont eu lieu. Trop tard selon elle: 

S'il y a un débat au parlement en ce moment, il va forcément y avoir des actions de lobbying de toutes parts, c’est normal. Mais il va falloir attendre l’année prochaine pour avoir des informations sur ce lobbying et encore ces informations seront très parcellaires

Elsa Foucraut - Transparency international France

A défaut de registre exhaustif, certains députés vont plus loin, comme Matthieu Orphelin. De sa propre initiative, il liste tous ses rendez-vous avec des lobbies sur son site internet. Par exemple, sur la future loi mobilité, il a rencontré 99 lobbies sur les six derniers mois, comme les usagers des transports, les associations environnementales et les constructeurs. Pour chacun de ces rendez-vous il précise le mois et le thème de la rencontre. "Il faut plus de transparence, ça permet de redonner confiance dans l'action des hommes et des femmes politiques”, justifie le député LREM du Maine-et-loire.

La haute autorité pour la transparence de la vie publique, chargée de contrôler ce registre, regrette elle aussi une loi qui ne va pas assez loin, dans son rapport d'activité 2017. Dans le monde du lobbying, la transparence en apparence !

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