VIDEO. En prison, de très chers forfaits téléphoniques

Pour lutter contre le trafic de portables en prison, une mesure a été annoncée par la Garde des sceaux : des téléphones fixes en cellule. Sauf que question tarif, l’opérateur choisi par le ministère de la Justice n’est pas très compétitif.

Grande nouveauté dans les cellules françaises, le gouvernement installe le téléphone. La prison de la Santé à Paris vient d’être équipée. Objectif, permettre aux détenus de garder un lien avec leur famille et lutter contre les mobiles clandestins.

Nous avons récupéré les tarifs de ces nouveaux téléphones, difficile de trouver pire sur le marché. Le forfait mensuel avec le meilleur rapport qualité prix est à 40 euros, 10h vers les fixes ou 5h sur des portables, sans possibilité d’être appelé. Des tarisbeaucoup plus chers que les forfaits illimités des opérateurs, entre 7,99€ et 26,99€.

Un prisonnier le dénonce dans un courrier qu’il a adressé à la rédaction : "Au lieu de nous faire payer un forfait en illimité, on nous fait payer à la minute comme dans les années 70".

Lydia Trouvé est la compagne d’un détenu incarcéré à 300 kilomètres de chez elle. Elle nous explique qu'en travaillant en prison trois matinées par semaine, son compagnon gagne autour de 200 euros par mois et ne peut pas se payer de tels forfaits : "C’est trop cher, on leur demande de travailler pour un très bas salaire, de payer les parties civiles, d’essayer de se réinsérer, mais on les surtaxe, ce n’est pas normal."

Comment expliquer des tarifs aussi élevés ? La Garde des sceaux l’explique par la nature du contrat passé entre l’Etat et son prestataire privé : "C'est une concession que nous avons passé pour donner un service supplémentaire aux détenus qui ne pèse pas sur les ressources de l’Etat".

Nous nous sommes procuré le contrat passé entre l'administration pénitentiaire et l'entreprise Telio. La société s’engage pendant dix ans à équiper à ses frais 50 144 cellules et à assurer leur maintenance. En contrepartie, Telio se rémunère sur les prix des communications téléphoniques passées par les détenus.

Nous nous sommes rendus au centre pénitentiaire de Poitiers, les lignes fixes en cellule seront installées en juillet. En attendant, les prisonniers utilisent des cabines dans les coursives 30 à 40% plus cher que les futures lignes. Et surtout, des portables clandestins circulent abondamment. Des modèles miniatures à 150 euros sur le marché noir, sont souvent saisis.

En 2017 dans les prisons françaises, plus de 40 000 téléphones et accessoires ont été saisis, un nombre important alors que l'on dénombre 71 000 détenus en France. Ceux qui en possèdent risquent des sanctions, allant jusqu’à la prolongation de peine. Un trafic qui pourrait perdurer malgré les nouvelles lignes fixes car elles seront sur écoute comme nous l'explique, Karine Lagier, directrice du centre pénitentiaire de Poitiers : "La téléphonie que l’on installe, elle est contrôlée, enregistrée, les détenus le sauront. Il y aura toujours une frange de la population pénale qui voudra échapper à ce système, et naturellement pour les plus dangereux d’entre eux, préparer des projets en ayant des téléphones parfaitement illicites."

D’ici la fin de l’année, toutes les prisons devraient être équipées de lignes fixes en cellule. Et pour convaincre les détenus les plus récalcitrants de s’abonner, 125 millions d’euros vont être investis dans des brouilleurs anti-portables.

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