Le livre de Trierweiler, "un facteur supplémentaire de fragilisation" de Hollande pour 2017

Valérie Trierweiler et François Hollande, le 6 avril 2013, à Tulle (Corrèze).
Valérie Trierweiler et François Hollande, le 6 avril 2013, à Tulle (Corrèze). (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Le politologue et sondeur Jérôme Sainte-Marie analyse la portée politique des confidences de l'ex-Première dame.

Les mots sont assassins. Dans son livre surprise, Merci pour ce moment, qui doit paraître jeudi 4 septembre aux éditions Les Arènes, mais dont les bonnes feuilles circulent déjà dans la presse mercredi, Valérie Trierweiler écorne l'image de François Hollande. L'ex-Première dame dresse le portrait peu flatteur d'un président "déshumanisé" par le pouvoir et inconséquent dans sa vie privée, d'un socialiste qui "n'aime pas les pauvres" et les surnomme "les sans-dents". Les confidences de son ancienne compagne sont-elles un coup dur politique pour le chef de l'Etat ? Voici la réponse du politologue et sondeur Jérôme Sainte-Marie, président de PollingVox.

Francetv info : Ce livre peut-il nuire au président ?

Jérôme Sainte-Marie : Dans cette affaire, François Hollande apparaît surtout comme la victime de la vengeance d'une femme déçue et trompée. Ce n'est pas lui qui a franchi la frontière entre vie privée et vie publique en déballant l'intimité de son couple. C'est Valérie Trierweiler qui règle ses comptes. Les Français risquent donc de ne pas être trop sévères avec lui. 

Tout ceci intervient après le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui avait opéré une médiatisation très forte de sa vie privée, et qui avait été critiqué pour cela. A la différence de François Hollande qui, lui, subit cette exposition.

Ce livre arrive en outre très tard par rapport aux événements qu'il décrit, à savoir la rupture entre lui et Valérie Trierweiler après l'épisode quasi boulevardier de la liaison avec l'actrice Julie Gayet. Le mal a déjà été fait. L'affaire Hollande-Gayet a déjà abîmé l'image présidentielle. Ce n'est ni une déflagration, ni un coup de grâce.

Quelle image l'opinion publique a-t-elle de François Hollande ?

Au départ, François Hollande bénéficiait d'une image de sympathie, de sincérité, de proximité. Aujourd'hui, il apparaît nettement moins sincère et fiable. Avec l'affaire Hollande-Gayet, une idée a pu s'installer dans les esprits : si l'homme est capable de mentir dans l'intimité et de tromper sa compagne, le président peut tout aussi bien le faire. Et comme l'homme politique vit par sa parole, c'est un sentiment très difficile à inverser. 

S'ajoute à cela le reproche qui lui est fait depuis le premier été de sa présidence : celui de ne pas être assez investi dans sa fonction. Son caractère, son tempérament blagueur ont introduit cette distance entre lui et son statut. Les déclarations de Valérie Trierweiler ne font qu'enraciner cette image déjà pas très bonne. 

Cela peut-il influencer le futur vote des électeurs ?

A ce stade, non. Cet épisode est plutôt mauvais pour l'image de François Hollande, mais cela ne causera pas sa perte. En revanche, il constitue un élément supplémentaire dans la spirale qui emporte le chef de l'Etat. Le chômage baisserait, les promesses de campagne seraient tenues, cette nouvelle affaire médiatique n'aurait pas du tout d'impact. Là, dans l'esprit des gens, cela peut s'ajouter aux récentes critiques de Cécile Duflot et d'Arnaud Montebourg à son égard. Tout ceci peut donner une clé de lecture du personnage, offrir une explication psychologisante bien commode au malaise politique que les Français ressentent.

C'est donc un facteur supplémentaire de fragilisation d'une éventuelle candidature de François Hollande en 2017. Et cela jouera au sein du camp socialiste sur la sélection du candidat dans la perspective d'une primaire. Mais ce n'est pas pour cela que les électeurs voteront plus ou moins PS.

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