Un Bonnet rouge inébranlable dans son fief breton

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A Carhaix, Christian Troadec, l'un des porte-parole des Bonnets rouges, est en lice pour un troisième mandat sur une liste "sans étiquette". Ses opposants socialistes et de droite ont bien du mal à trouver des candidats pour s'opposer à cette forte personnalité qui pourrait bien passer dès le premier tour.

Il suffit de tendre le micro dans les rues détrempées de Carhaix pour se rendre compte de l'attachement pour "Christian " :

"Moi je ne vais jamais voter. C'est tout le temps des promesses et des promesses mais Christian, c'est différent. Quand il dit quelque chose, il le fait ", explique Fabienne. "Le maire, c'est pas pareil , enchaîne une autre passante, quand il faut bouger, il bouge. Quand on a besoin de lui, il donne un coup de main. Moi, je le trouve cool, il a toujours son petit bonjour quand il passe ".

"C'est simple, vous mettez une photo de Christian Troadec sur un pot de fleur et les gens vont élire un pot de fleur ", lâche un ancien adversaire. Bref, un maire populaire comme beaucoup d'autres en France...

Les Bonnets rouges ont laissé des traces

Sauf qu'à Carhaix, Christian Troadec n'est pas qu'une figure locale. Après avoir été l'une des figures de proue du violent combat contre la fermeture de la maternité et du service de chirurgie de Carhaix en 2008, il s'est imposé comme l'un des porte-parole des Bonnets rouges. Le mouvement de contestation contre l'écotaxe et pour la sauvegarde de l'emploi en Bretagne a réuni près de 30.000 personnes en novembre dernier dans sa ville de moins de 8.000 habitants.

Un épisode qui semble avoir laissé des traces dans l'électorat local qui a voté à plus de 68% pour François Hollande à la présidentielle. A moins de six semaines du premier tour des municipales, seul le maire divers gauche a réussi à présenter une liste. Derrière, seul Matthieu Guillemot assure avoir quasiment bouclé la sienne. Pour le candidat du NPA, patron de la pizzeria Les Bonnets rouges, le Parti socialiste et la droite locale paient les conséquences des décisions des deux derniers gouvernements.

"C'est vrai que c'est difficile", confirme Jérôme Yvinec, encarté à l'UMP. Le jeune candidat a bien du mal à trouver des soutiens pour ce scrutin. Même s'il a décidé d'ouvrir sa liste "sans étiquette" "au centre et à tous ceux qui voudraient bien y figurer. "Je me retrouve face à quelqu'un qu'on présente comme indéboulonnable, donc ce n''est pas facile de trouver des gens prêts à aller prêcher une cause perdue", se désole le trentenaire, surnommé "le kamikaze" à Carhaix.

Même constat au Parti socialiste. Après de longues négociations, les deux camps n'ont finalement pas réussi à trouver un accord pour une liste commune et chacun renvoie la faute sur l'autre. Il faut dire que le PS local entretient des relations historiquement compliquées avec le maire sortant, qui siège pourtant avec la gauche au Conseil général et au Conseil régional.

Louis Rouzic est chargé par la section locale de constituer une liste en quatrième vitesse après l'echec des discussion; et la tâche n'est simple car certains Carhaisiens auraient "peur" de se présenter face à Christian Troadec.

"On n'aime plus trop s'exprimer publiquement, ça devient compliqué à Carhaix. Les gens qui militent dans les associations disent parfois qu'ils ont peur de perdre une partie de leur subvention municipale."

Ancien adversaire de Christian Troadec lors des cantonales de 2011, Louis Rouzic n'a pas digéré de devoir se plier à la consigne du Parti socialiste : s'effacer au second tour pour laisser le maire de Carhaix affronter seul le candidat de la droite.

 D'autres anciens adversaires affirment avoir vécu "*l'enfer* " en siégeant dans l'opposition municipale, évoquent "*le harcèlement* " du maire. S'il ne va pas jusque là, Jérôme Yvinec confesse que siéger face à Christian Troadec est compliqué."*Un faux procès* " -------------------Quand Christian Troadec reçoit dans sa mairie, le très médiatique porte-parole des Bonnets rouges prévient tout de suite qu'il se méfie "des médias parisiens qui disent n'importe quoi". Sur les attaques de ses adversaires, il dénonce un faux procès.Pour le maire sortant donne alors la formule de son succès depuis une dizaine d'années à Carhaix : "*On sort des schémas traditionnels des partis avec des repsonsables associatifs et syndicaux. Des gens qui sont engagés fortement sur le terrain, qui ne sont pas dans la parole mais dans l'action* ". Christian Troadec revendique de ne pas être affilié à un parti.Vers une candidature à la présidentielle ----------------------------------------Même s'il se définit comme "divers gauche", il se présente sur une liste sans étiquette, a la soutien du Modem après avoir eu celui des Verts ou de l'Union démocratique bretonne, pose avec François Hollande sur son affiche de campagne pour les législatives, défile aux côtés de l'anticapitaliste Philippe Poutou avec les Bonnets rouges en fin d'année dernière. Il brouille les lignes, et c'est ce qui agacerait une partie de ses adversaires. "*Ce n'est pas parce qu'on défile à ses côtés qu'on peut tout cautionner* ", lance Matthieu Guillemot, du NPA.Les opposants à "l'animal Troadec" ont donc du mal à trouver leur place sur l'échiquier politique local. D'autant qu'à l'image de Louis Rouzic, ils s'accordent à dire que "*sur le plan de la gestion municipale, son deuxième mandat était plutôt bon* ". Mais au-delà des municipales, Christian Troadec vise surtout les régionales de 2015 mais aussi... l'élection présidentielle de 2017, où il compte bien présenter une candidature "régionaliste".
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