Simone Veil : une vie de combats

FRANCE 2

Simone Veil s'est éteinte ce vendredi 30 juin à l'âge de 89 ans. Tout au long de sa vie, elle n'aura cessé de mener des combats, d'Auschwitz où elle a été déportée, aux hémicycles, où elle a défendu ses convictions sociales et la loi sur l'avortement.

La vie de Simone Veil se fond avec les tourments du 20e siècle. Elle avait 16 ans lorsqu'elle fut déportée, parce que juive. En survivante, toujours, elle resta vigilante. Elle était née à Nice (Alpes-Maritimes) en 1927 d'un père architecte et d'une mère totalement dévouée à ses enfants. Deux soeurs et un frère, Simone est la benjamine.
Elle passe une enfance heureuse sur la Côte d'Azur, mais avec la guerre, son père n'a plus le droit de travailler. En mars 1944, alors que Nice est occupée, elle passe son baccalauréat à l'aide de faux papiers d'identité. Mais alors qu'elle se promène dans la rue un jour, la Gestapo reconnaît la contrefaçon et la déporte avec sa famille. Son père et son frère sont déportés en Lituanie : elle ne les reverra jamais. Sa mère, ses deux soeurs et elle sont déportées à Auschwitz, en Pologne. Simone Jacob, matricule 78651.

Réconcilier l'Europe

À son retour, elle reprend les études et devient magistrate, un métier d'hommes à l'époque. Elle rencontre Antoine Veil qui, lui, fait l'ENA. Ils se marient et auront trois enfants ensemble. Simone Veil se fait une place au ministère de la Justice et mène plusieurs missions dans les prisons insalubres de France et d'Algérie. Antoine Veil fait aussi de la politique. Le couple rencontre un jeune homme ambitieux : Jacques Chirac, qui deviendra Premier ministre en 1974.  Simone Veil devient alors sa ministre de la Santé. Son premier dossier : la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), légalisant l'avortement.
Ce fut un affrontement terrible, dans la rue d'abord. Des dizaines de milliers d'opposants, qui allaient jusqu'à taguer le hall de son immeuble ou couvrir la voiture de son mari de croix gammées. Finalement, la loi est adoptée, grâce au soutient des députés de gauche, tandis qu'un tiers seulement de la droite l'avait soutenue. 
Derrière ce visage de Madone se cache en fait une volonté de fer qui commence souvent par dire "non". En 1979, elle quitte le gouvernement pour conduire la liste de droite aux élections européennes, au grand malheur de l'extrême droite, qui ne cesse de venir perturber ses meetings. Elle remporte l'élection et devient la première présidente du Parlement européen.
Ce fut là un autre de ses combats : réconcilier l'Europe, pour qu'elle ne se déchire plus jamais. Elle revient ensuite à la politique française, à nouveau ministre de la Santé, au gouvernement d'Édouard Balladur cette fois-ci. Tout en soutenant Nicolas Sarkozy en 2007, elle critique la création d'un ministère de l'Identité nationale. Ce qui n'empêchera pas trois présidents de la République d'assister à son intronisation à l'Académie française. Cette femme de centre droit défendait ses convictions sociales en reprenant parfois des idées de gauche, ce qui fit d'elle, longtemps, la personnalité politique préférée des Français.
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