Jean d'Ormesson : "Très au-dessus de la politique", Simone Veil "a incarné la France"

Simone Veil le 18 mars 2010 à l\'Académie française.
Simone Veil le 18 mars 2010 à l'Académie française. (PHILIPPE WOJAZER / POOL)

Jean d'Ormesson a confié vendredi "son grand chagrin" après le décès de Simone Veil. Il lui avait rendu un brillant hommage lors de son entrée à l'Académie française en 2010. 

Grande figure de la vie politique française et féministe convaincue, Simone Veil est morte vendredi 30 juin à l'âge de 89 ans. Le 18 mars 2010, elle avait été reçue à l'Académie française, accueillie par Jean d'Ormesson, qui lui avait rendu un vibrant hommage dans son discours de réception. Invité de franceinfo, l'homme de lettres explique pourquoi, selon lui, Simone Veil "a incarné la France".

franceinfo : Quel souvenir gardez-vous de Simone Veil ?

Jean d'Ormesson : C'est d'abord un grand chagrin qui m'envahit. C'était une amie de longue date. J'avais eu l'honneur de la recevoir à l'Académie française. Et j'avais naturellement souligné deux ou trois époques de sa vie où elle a incarné la France. D'abord, comme témoignage de la Shoah. Elle a été arrêtée par les Allemands en 1942 et envoyée en déportation. Ensuite, le combat pour l'avortement. C'est elle qui a défendu le projet à l'Assemblée nationale, et elle avait été attaquée avec une violence dont on n'a pas idée aujourd'hui. Naturellement, l'avenir lui a donné tout à fait raison. Et puis il y a un troisième aspect à souligner chez Simone Veil : c'était l'attachement à l'Europe.

En 1979, Simone Veil était devenue la première présidente du Parlement européen et elle avait déclaré ceci : "Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconcilié avec le 20e siècle."

Oui, ce qu'il y a de merveilleux avec Simone Veil, c'est qu'elle a eu une carrière politique, et en même temps, elle était très au-dessus de la politique. Elle apparaît aujourd'hui comme très peu liée au jeu politique, dont elle a été une actrice, mais qu'elle dépassait toujours par la hauteur de vue. On pourrait presque soutenir qu'avant Macron elle était déjà de ceux qui voulaient dépasser le fameux clivage droite-gauche, et toujours se situer au-dessus des débats politiques.

Simone Veil aurait-elle fait une bonne présidente de la République, selon vous ?

Je pense qu'elle aurait eu les suffrages des Français. Elle a été l'une de ces figures de proue qui ont conquis l'ensemble des Français, si difficiles à conquérir. Avec l'abbé Pierre ou Jean-Paul II, elle faisait à peu près l'unanimité. Cela dit, je ne suis pas sûr qu'elle aurait aimé être présidente de la République… En tout cas, présidente de la République ou non, elle a incarné la France.

"Avec l'Abbé Pierre ou Jean-Paul II, Simone Veil faisait à peu près l'unanimité", Jean d'Ormesson, à franceinfo.
--'--
--'--