Sénatoriales : Jean-Pierre Bel vise "le plateau"

Jean-Pierre Bel participe à un débat au Sénat à Paris, le 22 octobre 2010.
Jean-Pierre Bel participe à un débat au Sénat à Paris, le 22 octobre 2010. (AFP - Jacques Demarthon)

L'heure du changement a sonné, répète à l'envi le président du groupe PS du Sénat, Jean-Pierre Bel. Décrochera-t-il pour autant le premier rôle ? Rien n'est moins sûr. Pour avoir la majorité absolue, la gauche doit remporter 23 sièges.

L'heure du changement a sonné, répète à l'envi le président du groupe PS du Sénat, Jean-Pierre Bel. Décrochera-t-il pour autant le premier rôle ? Rien n'est moins sûr. Pour avoir la majorité absolue, la gauche doit remporter 23 sièges.

En théorie, jamais la gauche n'a été dans une configuration aussi favorable pour faire basculer le Sénat de son côté et même en ravir la présidence à l'UMP Gérard Larcher.

Des succès engrangés aux élections intermédiaires depuis 2004, à la grogne des élus locaux à l'égard de plusieurs réformes touchant notamment à la fiscalité et aux collectivités locales, à la multiplication de listes dissidentes dans plusieurs départements, en passant par la faible cote du chef de l'Etat et la crise, de nombreux indicateurs sont au vert pour les élus socialistes

Ceux qui fréquentent le palais du Luxembourg savent pourtant que rien n'y est simple ou plutôt, que les "affinités" y sont d'une nature toute particulière. "C'est une élection de relation personnelle, où les logiques apparaissent illogiques. Les délégués sénatoriaux ne votent pas que selon leur étiquette politique, leur vote reflète un état d'esprit, une alchimie personnelle", résume élégamment un élu du sérail.

Les frontières politiques y sont ainsi plus poreuses qu'à l'Assemblée nationale, comme le souligne l'historien, Jean Garrigues. Une porosité que Gérard Larcher aime à rappeler en ces temps d'intense campagne : "la majorité sénatoriale est plus large que la majorité présidentielle", dit-il expliquant que cette majorité sénatoriale va du MoDem à la droite libérale en passant par des personnalités indépendantes

Des sièges...

A la veille du scrutin du 25 septembre, sur un effectif de 343 sénateurs, la gauche détient 152 sièges : 116 sénateurs sont inscrits au groupe PS et Vert, 24 au groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC-SPG), 149 sont inscrits comme UMP. Les sièges restants se partagent entre les membres du groupe Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), ceux du groupe Union centriste (UC : MoDem, Nouveau centre, Alliance centriste), 7 sont non inscrits, et un siège vacant.

Pour conquérir la majorité, et compte tenu de l'augmentation du nombre de sièges qui passe à 348, la gauche doit au moins en remporter 23.

Un objectif qui semble à la portée du chef de fil des sénateurs socialistes, et prétendant au plateau (la présidence du Sénat, ndlr), Jean-Pierre Bel.

... et des ambitions

Incertitude aidant, la tension monte entre l'actuel Président Gérard Larcher et son challenger.

A trois jours du scrutin, le chef de file des sénateurs socialistes a dénoncé la démarche de son rival. "C'est de sa part une stratégie de campagne, fondée sur une logique clientéliste. Il envoie ce message pour impressionner les grands électeurs, pour tenter d'intoxiquer, de démoraliser le camp d'en face", affirme M. Bel dans une interview à Libération.

Interrogé sur ses espoirs de gains, le sénateur de l'Ariège mise "entre 17 - hypothèse basse - et 30 sièges" mais échaudé par quelques déconvenues passées et affichant une prudente modestie, il préfère souligner qu'"un gain de 10 à 15 sénateurs serait déjà une victoire".

Reste que dimanche soir, si les résultats sont très serrés et qu'aucune majorité nette ne s'est dégagée, il lui faudra attendre le "troisième tour" de l'élection sénatoriale, c'est-à-dire celui du nouveau président, le 1er octobre, pour savoir s'il est le vainqueur et outre l'UMP Gérard Larcher, il devra par ailleurs faire face à Catherine Tasca.

Jeudi, sur Public Sénat, la sénatrice socialiste a en effet confirmé ses intentions : "Pour ma part, j'ai envie de présenter ma candidature, car je crois beaucoup aux débats que nous devons avoir sur le futur Sénat de gauche". Récusant toute idée de compétition mais affirmant "il faut donner au groupe socialiste la possibilité de choisir", Mme Tasca s'est montrée optimiste estimant "que la majorité du Sénat peut et donc va changer dimanche" bien que "le scrutin sera serré".

A croire qu'au PS, on aime "les saines émulations". Pendant que les candidats à la primaire socialiste débattent sous les feux croisés des médias, leurs "camarades" du Sénat font de même, sous les ors du palais du Luxembourg.

Avec toutefois, un peu plus de discrétion.

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