Scission à l'UMP : quand et comment ?

François Fillon (à g.) et Jean-François Copé, le 27 septembre 2012, lors des journées parlementaires de l\'UMP, à Marcq-en-Barœul (Nord).
François Fillon (à g.) et Jean-François Copé, le 27 septembre 2012, lors des journées parlementaires de l'UMP, à Marcq-en-Barœul (Nord). (DENIS CHARLET / AFP)

Les partisans de François Fillon évoquent de plus en plus ouvertement une scission au sein de l'UMP. Plusieurs possibilités s'offrent à eux, toutes très risquées politiquement.

CHAOS A L'UMP - La trêve n'aura duré que 48 petites heures. Après l'échec de la médiation d'Alain Juppé pour trouver une voie de conciliation entre les deux candidats à la présidence de l'UMP, dimanche 25 novembre, les menaces de scission d'une partie des soutiens de François Fillon réapparaissent.

Le député de Haute-Savoie, Lionel Tardy, a estimé dimanche soir que "toutes les conditions [étaient] réunies pour qu'il y ait une scission au sein du groupe UMP à l'Assemblée". "Je souhaite qu'au minimum il y ait un groupe différent de celui de Jean-François Copé à l'Assemblée nationale puisqu'il y a un désaccord complet", a-t-il dit à la presse.

Comment, à quelle échéance, et dans quelles proportions une telle scission pourrait-elle intervenir ? Plusieurs scénarios sont envisageables. Rappelons qu'à cette heure, François Fillon n'a pas précisé ses intentions, préférant mener des consultations avant de s'entretenir avec les parlementaires, peut-être dès lundi. Dans tous les cas, il s'agirait d'un pari politiquement très risqué.

1Constituer un groupe autonome à l'Assemblée

C'est le vœu exprimé par le député Lionel Tardy. Juridiquement, cette option n'a rien d'insurmontable, puisqu'il suffit de quinze députés pour créer un groupe parlementaire. Mais politiquement, une telle démarche ne peut se concevoir que si un nombre suffisant de députés fillonistes osent franchir le pas. "Il y aura énormément de monde, sans doute plus de monde qu'avec Jean-François Copé", veut croire Lionel Tardy.

En tout état de cause, constituer un groupe dissident de moins de 50 ou 60 membres parmi les 183 députés qui composent le groupe UMP actuel provoquerait à coup sûr les railleries des copéistes, qui auraient alors beau jeu de présenter les dissidents comme une minorité de mauvais perdants.

Selon un décompte du Monde réalisé pendant la campagne, 72 députés ont soutenu Jean-François Copé et 83 se sont rangés derrière François Fillon. Parmi ces derniers, combien sont réellement prêts à aller au clash ? C'est ce que doit étudier François Fillon avant d'ouvrir les hostilités.

La constitution d'un groupe autonome pourrait en outre marginaliser ses membres dans le cadre du travail parlementaire. A l'Assemblée nationale, le règlement est très clair : un nouveau groupe doit attendre le début de la session ordinaire suivante pour jouir pleinement de ses droits. 

Les dissidents devraient donc patienter jusqu'en octobre 2013 avant de pouvoir disposer de temps à autre d'une journée dans l'hémicycle pour défendre leurs propositions de lois. Voilà qui pourrait faire réfléchir à deux fois les troupes fillonistes.

2 Se rattacher financièrement à un autre parti que l'UMP

Cette solution, moins symbolique politiquement que la première démarche, permettrait aux fillonistes de toucher au portefeuille une UMP dirigée par Jean-François Copé. Tous les ans, les députés et sénateurs sont invités à désigner le parti politique auquel ils souhaitent se rattacher pour le calcul du financement des partis. En 2012, chaque parlementaire a ainsi rapporté 42 228 euros au parti auquel il s'est rattaché.

Dans l'hypothèse où 100 parlementaires (députés ou sénateurs) passeraient à l'acte, l'UMP se verrait privée de plus de 4 millions d'euros de financement public par an, alors que le parti, du fait de ses mauvais résultats aux élections législatives, est déjà lourdement endetté, comme l'expliquait Europe 1 en septembre.

Hasard du calendrier, la déclaration de rattachement financier à un parti doit être effectuée avant le 30 novembre. Un timing qui permet aux partisans de François Fillon d'agiter très sérieusement cette menace dans la guerre des nerfs qui les oppose aux copéistes.

3 Claquer purement et simplement la porte de l'UMP

Il est hautement improbable que François Fillon et ses proches en arrivent à une telle extrémité, qui les isolerait durablement. Même s'il finissait par s'avouer vaincu, l'ancien Premier ministre garderait la primaire de 2016 en ligne de mire. Avec la nécessité, pour y participer, de rester membre de l'UMP à part entière.

Mais au-delà des ambitions personnelles de François Fillon, plusieurs élus UMP pourraient être tentés de franchir le pas. L'ancien député Pierre Méhaignerie et le député Yannick Favennec ont déjà fui. Direction l'UDI de Jean-Louis Borloo, qui dit avoir enregistré 6 000 nouvelles adhésions depuis le 18 novembre, ce dimanche où tout a basculé.

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