"Nous étions partis pour une séance jusqu'à 4h du matin" : quand le remaniement a interrompu les débats à l'Assemblée

L\'hémicycle de l\'Assemblée nationale, le 3 mars 2020. 
L'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 3 mars 2020.  (AMAURY CORNU / HANS LUCAS / AFP)

Les députés se préparaient, vendredi, à une longue journée de travail sur le projet de loi de finances rectificative, lorsque la démission du Premier ministre a tout arrêté.

"Je pensais que cela arriverait pendant le week-end et mais pas au moment où nous votions mon amendement", confie Hubert Julien-Laferrière, député (Ecologie démocratie solidarité) de la deuxième circonscription du Rhône, à franceinfo. Ce vendredi 3 juillet, il vient défendre un projet d'amendement dans le cadre de la discussion sur le troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020, débutée la veille. 

Face à la crise économique, liée à la pandémie du Covid-19, le gouvernement prépare une révision du budget étatique pour l'année en cours. Les prévisions de croissance pour 2020 sont de -11% selon le gouvernement. Des députés ont émis une longue série d'amendements. La séance débute normalement aux alentours de 9h, mais à 9h38 les travaux sont stoppés net à la suite à l'annonce de la démission du Premier ministre, Edouard Philippe, qui entraîne celle du gouvernement

"Nous ne les trouvions pas très impliqués"

"J'invite chacun d'entre vous à défendre son point de vue de manière brève, succincte et efficace", avait lancé en ouverture le président de séance, Hugues Renson. Car les débats s'annonçaient longs avec les 1 042 amendements à l'ordre du jour. "Nous étions partis pour une séance jusqu'à 4h du matin", raconte Laurent Saint-Martin, député LREM de la troisième circonscription du Val-de-Marne et rapporteur du projet de loi, à franceinfo. Arrivé une dizaine de minutes avant le début de la séance, il en profite pour échanges quelques mots avec son ami Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, et qui représente ce jour-là le gouvernement.

Nous spéculions sur le fait d'être arrêtés ou non avant la fin de la séance cette nuit. Mais sans savoir ce qui allait se passer une demi-heure plus tard.Laurent Saint-Martin, député LREMà franceinfo

C'est la députée PS Christine Pirès Beaune, de la 2e circonscription du Puy-de-Dôme qui ouvre les débats. L'auditoire est clairsemé, à peine une trentaine de députés sont présents. A chaque fin d'intervention, le rapporteur puis le secrétaire d'Etat sont invités à donner leur avis. Ce dernier "enchaîne les avis défavorables sans donner beaucoup d'argumentation", remarque le député Hubert Julien-Laferrière. "Depuis hier, nous trouvions Cédric O, Hugues Renson et Laurent Saint-Martin pas très impliqués" souligne-t-il.

Tous les trois ne lâchent quasiment pas leur portable des mains, comme le montre la vidéo de la séance disponible sur le site de l'Assemblée nationale. "Nous nous tenions informés en temps réel, explique Laurent Saint-Martin. Nous savions que l'annonce pouvait tomber et qu'une suspension était possible."

Une séance débutée avec un ministre, mais levée sans ministre

Cela fait à peine une demi-heure que les interventions s'enchaînent quand le député Hubert Julien-Laferrière prend la parole pour présenter un amendement proposant d'élargir la prime dévolue au personnel des établissements de santé au personnel des sociétés sous-traitantes de ces dits établissements. "Ils font le même boulot, ils sont pleinement intégrés dans les équipes et ils n'ont pas le droit à cette prime, détaille le député. Il va y avoir une rupture d'égalité pour 16 000 personnes qui ont été confrontées aux mêmes risques." 

Le président de séance Hugues Renson demande ensuite l'avis du rapporteur Laurent Saint-Martin sur l'amendement. Celui-ci en profite pour faire "un clin d'oeil" à Cedric O en le félicitant en direct "pour tout son travail en tant que secrétaire d'Etat au Numérique". Hugues Renson reprend la parole : "Je vais mettre aux voix, sans demander l'avis de Cédric O, ces différents amendements qui sont identiques." Ils ne sont pas adoptés.

A ce moment-là, ils ont souri tous les trois. J'ai eu un avis défavorable du rapporteur, mais aucun du ministre puisqu'il n'était plus ministre.Hubert Julien-Laferrière, députéà franceinfo

Hugues Renson annonce ensuite la démission du Premier ministre, et lève la séance. L'hémicycle se vide sans qu'Hubert Julien-Laferrière ne connaisse l'avis du gouvernement sur son amendement. "Techniquement, il est voté, indique le rapporteur Laurent Saint-Martin. Mais le gouvernement qui n'a pas répondu lors de cette séance peut faire une réponse. Nous demanderons à ouvrir la séance dessus."

Les travaux se sont arrêtés à l’amendement 993 portant sur l’article 9 du projet de loi. Personne ne sait pour l'instant quand la séance reprendra. "Mais le remaniement n'aura aucune conséquence sur ce projet de loi de finances qui doit sauver nos entreprises" garantie Laurent Saint-Martin. "La loi doit être promulguée à la fin du mois de juillet" précise-t-il.

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