Énarque, de droite, sans poids politique mais ouvert au dialogue... Les réactions mitigées à la nomination de Jean Castex

Jean Castex succède le 3 juillet 2020 à Édouard Philippe au poste de Premier ministre.
Jean Castex succède le 3 juillet 2020 à Édouard Philippe au poste de Premier ministre. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Emmanuel Macron a nommé Jean Castex au poste de Premier ministre, en remplacement d'Édouard Philippe. Si certains saluent le choix d'un "homme de proximité", d'autres critiquent son profil d'énarque de droite, peu aguerri aux luttes politiques.

Édouard Philippe a remis vendredi 3 juillet au matin la démission de son gouvernement à Emmanuel Macron qui l'a acceptée. Et c'est Jean Castex qui lui succède. Peu connu du grand public, cet énarque de 55 ans avait été chargé par Édouard Philippe de superviser le déconfinement, en tant que délégué interministériel. Il est également maire Les Républicains de la petite commune de Prades (Pyrénées-Orientales) et délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

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Un élu Les Républicains marqué à droite

Pour la socialiste Carole Delga, présidente de la région Occitanie, pas d'ambiguïté dans le profil de droite de Jean Castex. "C’est une évidence qu’Emmanuel Macron choisisse un homme de droite. Sa politique est une politique de droite, c’est donc tout à fait cohérent, estime-t-elle. Plus personne ne croit au 'en même temps' de droite et de gauche." Elle anticipe que Jean Castex aura "peu de marge de manœuvre, parce qu’il devra appliquer les orientations du président de la République, qui ne répondent pas aux enjeux sur la transition écologique, ou sur l’urgence économique".

Le constat est également sévère du côté de Julien Bayou, secrétaire général d’Europe Écologie- Les Verts. "Vous avez donc un nouveau Premier ministre de droite et je pense profondément que ce mandat, il est fini et il est gâché", regrette-t-il.

On rate une occasion historique de mettre le pays sur la voie de la transition écologique dans la justice sociale. J'ai vraiment l'impression que c'est la fin d’un faux suspense. Il n'y a pas vraiment de changement de capJulien Bayou, EELVà franceinfo

Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement National, estime de son côté "inquiétant" le profil de Jean Castex : "Il semble être le clone parfait d’Édouard Philippe". "Cela laisse augurer de la politique que compte mener à nouveau le Président de la République", ironise-t-il. 

Pour Aurélien Pradié, député Les Républicains du Lot, "Macron fait donc du Macron, c’est-à-dire qu'il va chercher un individu de droite en imaginant que les Français seront suffisamment idiots pour supposer que ça règle tout aux questions de positionnement politique."  Et il résume le choix de nommer Jean Castex en termes de positionnement : "Emmanuel Macron considère que la vie politique, c'est une vaste part de marché."

Un sentiment partagé en partie par l'eurodéputé Rassemblement national Nicolas Bay, qui considère qu'Emmanuel Macron "nomme à Matignon une personnalité qui est d’abord un haut fonctionnaire, qui ne sera pas susceptible de lui faire de l’ombre et lui donnera davantage les coudées franches qu’avec Édouard Philippe". Ainsi, Jean Castex ne serait ainsi qu'un "Premier ministre relégué à un rôle de directeur de cabinet".

Pour autant, Ahmed Bekheira, adjoint de Jean Castex à la mairie de Prades depuis 2008, estime que si Jean Castex est un élu LR, qui "n’est pas sectaire". "Il sait faire le rassemblement. Il ne faut pas parler de gauche ou de droite."

Aussi, si le président de la République entend poursuivre la réforme des retraites avec l'âge-pivot, si la réforme de l'assurance-chômage n'est pas remise en cause, si la durée du travail est allongée, ce sera "la même politique classiquement libérale, de droite, que Jean Castex, quelles que soient ses qualités, poursuivra", prévient Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Un techno sans poids politique

''Il n'a pas d'épaisseur politique, concède Raymond Soubie, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Il n'a pas de passé politique. Il n'a pas aujourd'hui de perception dans l’opinion, mais je crois qu'il a toutes les qualités intrinsèques pour les fonctions de Premier ministre, qui sont des fonctions de courage, d’organisation, de contact, de relation et d'organisation." 

Mais ces qualités supposées ne compensent pas le manque de notoriété du nouveau Premier ministre. "Je voudrais souligner le fait que 95% des Français ne connaissent pas Jean Castex, souligne Alexis Corbière, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis. Et en Ve République, un inconnu peut devenir Premier ministre par la bonne grâce du président de la République pour mettre en œuvre une politique dont on ne connaît pas exactement quels sont les angles durs. Tout cela est très inquiétant !"

"Servir l'État, de manière générale, c'est vraiment la chose qui l'anime, nuance Frédéric Sanaur, le directeur général de l'Agence nationale du sport. Après, prendre la lumière, ce n'était pas forcément quelque chose qu'il recherchait au quotidien." 

"En nommant Jean Castex dont la seule légitimité est technocratique, Emmanuel Macron dissout Matignon, conclut le député Les Républicains Éric Ciotti. Menacé par la popularité d'Édouard Philippe, il dérive désormais de plus en plus vers un pouvoir totalement personnel et autoritaire".

 Un homme de dialogue et de terrain

Jean Castex est "un haut fonctionnaire d’État et un élu local de qualité, un homme d’écoute et de proximité", décrit Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie où le nouveau Premier ministre est élu. Elle évoque des "relations très constructives et franches", et un homme qui a "beaucoup d’écoute et de réalisme". "Je sais qu’avec Jean Castex, il y aura une connexion aux réalités des territoires, qui seront, je pense, mieux pris en considération", concède l'élue socialiste.

Aussi, pour Stéphane Troussel, "les capacités d'écoute, de dialogue" de Jean Castex "avec les corps intermédiaires, les élus locaux, ce sera utile dans une période où les collectivités locales ont été très mobilisées aux côtés de l'Etat". "Il a du savoir-faire, c'est à la fois un grand serviteur de l'État et un élu local", précise Stéphane Troussel.

Chargé de préparer les Jeux olympiques 2024; Jean Castex a beaucoup travaillé avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui, à peine réélue maire de Paris, a dit avoir "eu Jean Castex au téléphone". "Je l'ai appelé pour le féliciter, on se connaît bien...", a indiqué la maire de Paris.

C'est une belle personnalité, quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Sa franchise, sa compétence, son savoir-faire... Et donc je lui souhaite vraiment de réussir, pour le pays et pour lui.Anne Hidalgoà franceinfo

Jean-Claude Mailly ancien secrétaire général de Force Ouvrière, souhaite "bon courage" à Jean Castex, avec qui il a pu échanger fréquemment. "Je l’ai connu directeur des hôpitaux, directeur de cabinet de Xavier Bertrand, à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy, au moment du déconfinement… Il va falloir du talent de dialogue social. C’est un homme de dialogue social, je le sais."

À l'Élysée, Jean Castex a côtoyé Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy et ancien secrétaire général de l’Élysée. Et ce dernier estime que Jean Castex est "tout à fait capable de gérer un gouvernement et de l’orienter, il connait très bien l’appareil d’Etat".

Frédéric Sanaur a expliqué ne pas être "surpris" par sa nomination à la tête du gouvernement : "Quand on est collaborateur au quotidien avec lui, c'est presque une évidence. Il incarne vraiment une stature, une capacité d'écoute et de décision. Et c'est aussi un homme de terrain, sa qualité de maire [de Prades, dans les Pyrénées-Orientales], on la ressent au quotidien dans les décisions qu'il est amené à prendre."

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